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Même pas juif

Même pas juif

Titel: Même pas juif
Autoren: Jerry Spinelli
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bu.
    J’ai continué ma route.
    Le jour. La nuit. Le jour. La nuit.
    Je mangeais des mûres cueillies à des ronces qui me
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    rappelaient les fils barbelés. J’arrachais des échalotes au sol. Je
    buvais aux fossés, et quand je me penchais pour emplir mes
    mains en coupe, la sonnerie battait derrière mes paupières.
    Les rails d’acier luisaient au soleil. Je tremblais comme en
    hiver. Mon oreille blessée ne cicatrisait pas. Je me réveillais
    dans les talus. Je me réveillais sur la voie ferrée qui sinuait
    devant moi comme un serpent d’argent. J’étais dans des tas
    d’endroits, et je n’étais pas seul.
    Buffo était là, souriant, m’attendant. L’odeur de menthe me
    chatouillait les narines.
    L’homme bleu chevauchait le manège au rythme de la
    musique entraînante.
    Des corps enveloppés de papier journal flottaient au-dessus
    des trottoirs.
    Youri me giflait en me traitant d’imbécile.
    La voiture d’Himmler s’est arrêtée, et Himmler en personne
    en est descendu, a marché droit sur moi, a claqué des talons,
    m’a salué en disant : « Hanoukka ! »
    Et les orphelins. Ils défilaient le long des rails, conduits par
    le docteur Korczak. Ils marchaient au pas en chantant, leurs
    chaussures frappant le sol en même temps, et la porte du four
    s’est ouverte, et ils sont entrés dedans, tête haute, marchant au
    pas et chantant.
    Chaque jour, M. Milgrom me caressait les cheveux.
    Chaque jour, Kouba riait.
    Chaque jour, je cherchais Janina. En vain. J’étais habitué à
    sa présence constante, à ce qu’elle m’imite en tout. Je ne cessais
    de jeter des coups d’œil autour de moi pour voir mon double,
    mais il n’y avait que moi.
    Un matin, quand j’ai ouvert les yeux, un homme était
    penché sur moi.

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42

    L’homme a posé son pied sur ma poitrine.
    — T’es juif, a-t-il dit.
    — Oui, ai-je acquiescé en montrant mon brassard. Tu vois ?
    — Que fiches-tu ici ?
    — Je suis le train. Janina. Je vais aux fours.
    — Quels fours ?
    — Les fours pour les juifs. Je suis un sale fils d’Abraham. Ils
    m’ont oublié. Tu m’emmènes aux fours ?
    L’homme a craché par terre.
    — Je comprends rien à ce que tu racontes. Tu délires. Tu
    serais pas un peu cinglé ?
    C’était un mot nouveau pour moi.

    — Je sais pas. Mais je suis un imbécile. Un petit imbécile.
    Un petit imbécile rapide.
    Il m’a remis brutalement sur mes pieds.
    — Petit, c’est vrai.
    Il a arraché mon brassard et l’a jeté.
    — Qu’est-il arrivé à ton oreille ?
    — C’est Youri. Il a voulu me tuer, mais il a raté son coup.
    — Viens !
    J’ai fait un pas. Suis retombé. Lorsque je me suis réveillé, je
    cahotais sur une carriole tirée par un âne. Quand elle s’est
    arrêtée, l’homme m’a balancé sur son épaule et porté dans une
    grange. M’a envoyé sur un tas de paille. Sa femme est venue.
    Elle m’a donné de l’eau et une carotte. À l’aide de tissus, elle a
    nettoyé la plaie de mon oreille. Puis elle a noué autour de ma
    tête un chiffon qui recouvrait mon oreille et un de mes yeux.
    — Tu connais Youri ? lui ai-je demandé.
    Elle a serré mon bras croûteux dans un autre chiffon.
    — T’as vu Janina ?
    Elle a touché mon front.
    — Tu es brûlant. Et tu pues.
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    Elle m’a mis dans une baignoire en bois et a entrepris de me
    frotter jusqu’à m’arracher des cris. Elle m’a apporté des
    vêtements. A brûlé les vieux. Et la chaussure de Janina dans ma
    poche.
    La femme venait tous les jours nettoyer mon oreille et mon
    bras, tâter mon front, me donner de l’eau, des carottes et des
    navets bouillis. Je dormais dans le foin et jouais avec les souris
    de la grange. L’une d’elles était ma favorite. Je partageais mes
    navets avec elle. Je l’avais appelée Janina. Je lui ai appris à
    courir sur mon bras et à se tenir sur ma tête. Puis le chat l’a
    mangée.
    Un jour, je me suis réveillé, et la sonnerie avait disparu. Je
    suis sorti de la grange, ai traversé les champs, ai rejoint la voie
    ferrée. Une tache blanche a attiré mon attention. C’était le
    brassard, pris dans un buisson de ronces. Je l’ai fourré dans ma
    poche.
    Je suivais les rails depuis un long moment quand le fermier
    m’a rattrapé.
    — Où vas-tu ? a-t-il dit.
    — Aux fours.
    D’un revers de la main, il m’a envoyé bouler par terre. Je me
    suis retrouvé sur la carriole, une corde autour du cou. On m’a
    attaché à un pieu dans la grange. Je me suis

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