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Même pas juif

Même pas juif

Titel: Même pas juif
Autoren: Jerry Spinelli
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oreille. Souriante, elle a dit en hochant la tête :
    — Nous vous avons entendu. Ça suffit. C’est fini.
    Elles sont parties de leur côté, moi du mien. Je ne me suis
    plus jamais posté au coin d’une rue.
    Lorsque ma fille m’a trouvé, je garnissais des étagères dans
    un supermarché.

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    — Papi ! Papillon ! Papillon !
    Ma petite-fille m’appelle, dans la pièce voisine. Je me lève
    de mon fauteuil pour voir ce qui se passe, cette fois encore.
    — Regarde-moi !
    Je regarde. Elle croit se tenir sur la tête, mais le bout de ses
    tennis roses ne quitte pas le sol. Et, de nouveau, ça me rappelle
    la fillette dont elle porte le nom.
    Janina.

    Je rangeais des boîtes de soupe dans l’allée numéro quatre,
    quand une voix a retenti, derrière moi.
    — Monsieur Milgrom ?
    Je me suis retourné. Une jeune femme vêtue d’une robe
    bleue légère et d’un coupe-vent, aux cheveux bruns, me
    contemplait. Elle tenait par la main une petite fille. Celle-ci a
    levé vers moi des yeux énormes qui ne clignaient pas.
    — Papa ? a dit la jeune femme.
    Je l’ai dévisagée.
    — Je m’appelle Katherine. Je suis ta fille. Je te cherche
    depuis des années. Voici ma fille, a-t-elle ajouté en poussant la
    gamine devant elle. Wendy. Ta petite-fille.
    — J’ai quatre ans, m’a annoncé la gosse. Qu’est-ce qui est
    arrivé à ton oreille ?
    — Wendy ! l’a réprimandée sa mère.
    Une voix lointaine que seul moi entendais a répondu : « On
    lui a tiré dessus par deux fois. D’abord un Bottes Noires. Puis
    Youri. »
    — Tu savais que t’étais mon grand-père ?
    Encore une fois, j’ai été incapable de répondre.
    — Eh ben, c’est comme ça. Salut !
    Elle m’a tendu la main. J’ai tendu la mienne. Me la prenant,
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    elle l’a secouée une fois, rudement.
    — Ravie de te rencontrer.
    J’ai regardé sa mère.
    — Tu n’étais pas au courant, pour moi, hein ? m’a-t-elle dit.
    — Je…
    Je me suis raclé la gorge.
    — Je m’en doutais.
    Son sourire était éblouissant.
    — Et bien, me voici. J’ai vingt-cinq ans. Maman m’a tout
    raconté de toi. Ça fait quatre ans que je garde quelque chose
    pour toi.
    T’ai hésité.
    — Oui ?
    — Le deuxième prénom de Wendy. Il est à prendre. Je
    savais que, un jour, je te retrouverais. Elle attend depuis quatre
    ans qu’on lui donne son deuxième prénom. Je veux que ce soit
    toi qui le fasses.
    — Janina, ai-je lancé.
    Le rire de ma fille a ébranlé le supermarché.
    — Je pensais que tu y réfléchirais au moins une minute.
    Prenant le menton de la fillette dans sa main, elle l’a tourné
    vers elle.
    — Wendy Janina, a-t-elle murmuré en hochant la tête. Ainsi
    soit-il.
    La gamine a applaudi. A virevolté sur elle-même.
    — Wendy Janina ! Wendy Janina !
    — Nous vivons à Elkins Park, a repris Katherine. Nous
    avons une chambre d’amis. Tu auras ta propre salle de bains.
    J’ai planté là mon tablier. Elles m’ont pris chez elles.

    Wendy Janina tente d’améliorer son poirier. Elle pousse sur
    ses pieds un petit peu trop fort, effectue une galipette et
    retombe sur le dos. Le bruit de sa chute sur le plancher dur
    m’arrache une grimace. Du sol, ses yeux me cherchent. Sa lèvre
    inférieure tremble. Elle hésite à pleurer. Secrètement, j’espère
    presque qu’elle va pleurer. Je voudrais être le grand-père qui
    séchera ses larmes.
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    Je lui tends les bras. Elle se relève et vient vers moi. Je la
    hisse sur mes genoux. Elle pose sa tête contre mon torse. Elle ne
    pleure pas, mais ça me suffit.
    Je voudrais rester ainsi pendant un an, dix ans. Sauf qu’elle
    saute sur ses pieds et pépie :
    — On va dehors !
    Attrapant mon doigt, elle m’entraîne sur la véranda.
    — Moi, je m’assieds ici, dis-je en m’installant dans le
    rocking-chair.
    — Regarde-moi, Papillon ! crie-t-elle en courant vers la
    balançoire.
    Je regarde. Elle se balance d’avant en arrière. Derrière elle,
    l’érable est d’un orange flamboyant. L’année meurt avec
    splendeur. Les cosses de lait d’âne explosent.

    Le lait d’âne ne change pas de couleur. Le lait d’âne est vert
    en octobre comme en juillet.
    Lorsque j’ai demandé à ma fille, Katherine, de m’emmener à
    la campagne dans sa voiture et que j’ai emporté avec moi une
    pioche et un seau, elle n’a pas posé de questions. Quand je lui ai
    ordonné de s’arrêter à un endroit et que je l’ai déterré, elle a
    seulement murmuré :
    —

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