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Même pas juif

Même pas juif

Titel: Même pas juif
Autoren: Jerry Spinelli
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et tordus de tramways. Plus
    d’une fois, nous avons dû descendre sur la chaussée parce que
    les trottoirs étaient encombrés par les murs effondrés des
    immeubles. Il y avait des milliers de sacs de sable partout.
    Les passants se dépêchaient. À mes yeux, les mitrailleuses
    ressemblaient à des mantes religieuses. Des avions survolaient
    la ville, sans lâcher de bombes.
    Quelqu’un courait. Il ne m’en a pas fallu plus. Lorsque je
    voyais quelqu’un courir, je courais, moi aussi. J’ai échappé à
    Youri. D’autres personnes ont commencé à courir également.
    C’était une course ! J’ignorais où se trouvait l’arrivée, mais
    j’étais bien décidé à gagner. Beaucoup de monde avait crié
    « Arrêtez-le ! » dans mon dos, on ne m’avait jamais attrapé. La
    rue était de plus en plus noire de monde. Je me suis faufilé à
    travers la foule. J’ai doublé d’autres coureurs. Leur nombre
    m’indifférait – je les vaincrais tous. Et, courant, je riais.
    Soudain, j’ai pris conscience d’un bruit. Je l’ai senti avant de
    l’entendre. C’était un grondement grave qui semblait provenir
    de sous les rues. Un deuxième son s’est joint au premier. On
    aurait dit le battement d’un énorme tambour, de centaines de
    tambours, et plus je courais, plus il augmentait. Maintenant, les
    gens se pressaient les uns contre les autres, entassés comme des
    briques bombardées, sans plus d’espace entre eux, mais j’ai
    trouvé de la place – je dénichais toujours des endroits où me
    faufiler – et j’ai continué à foncer en avant, flairant l’odeur de la
    ligne d’arrivée. Tout à coup,, j’ai été libre. J’ai surgi de la cohue.
    Me suis retrouvé seul dans un immense espace. Les battements
    de tambour étaient assourdissants.
    — J’ai gagné ! ai-je braillé en levant mes mains en signe de
    victoire.
    Puis quelque chose m’a frappé l’oreille, je suis tombé, et le
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    battement de tambour a roulé sur moi. Levant les yeux, j’ai vu
    des bottes. Les bottes les plus hautes, les plus noires et les plus
    brillantes du monde, en colonnes infinies. Un instant, j’ai
    distingué mon reflet ahuri dans l’une d’elles.
    Je savais de quoi il s’agissait. Youri en avait souvent parlé.
    — Les Bottes Noires ! ai-je hoqueté à voix haute.
    Elles étaient magnifiques. Des hommes y étaient attachés,
    mais tout se passait comme si c’était les bottes qui portaient les
    hommes. Elles ne marchaient pas comme des chaussures
    ordinaires, ces bottes. Lorsque l’une d’elles se tenait au garde-à-
    vous, un garde-à-vous immense et raide, l’autre montait droit
    en l’air, si haut que j’aurais pu passer dessous ; puis elle
    rejoignait le sol, et l’autre décollait. Elles étaient mille à se
    soulever comme une seule, à retomber comme le pas d’un
    unique géant doté de mille pieds. Par terre, les feuilles
    rebondissaient.
    Le défilé des Bottes Noires a été interminable. Plus tard,
    Youri m’a dit que la rue où il avait eu lieu était si
    merveilleusement large qu’on ne l’appelait pas une rue mais un
    boulevard.
    Brusquement, je me suis retrouvé dans les airs. Une main
    m’avait ramassé, et j’étais suspendu au-dessus de la chaussée.
    Je suis retombé sur mes pieds. Un soldat me souriait du haut de
    sa taille. Ses bottes m’arrivaient à l’épaule, et son uniforme gris
    était tressé et clouté d’argent. La visière de sa casquette était
    noire et luisante comme les bottes ; elle était ornée à son
    sommet d’un oiseau argenté scintillant – les garçons de l’écurie
    auraient adoré le voler.
    Le soldat m’a souri. Il m’a ébouriffé les cheveux, m’a pincé
    la joue.
    — Alors, mignon petit juif, m’a-t-il lancé, content de nous
    voir ?
    — Je suis même pas juif, d’abord ! ai-je rétorqué en lui
    montrant ma pierre jaune. Je suis tsigane.
    Ma réponse a eu l’air de le ravir.
    — Ah bon, un tsigane. Bien ! Très bien !
    Sur ce, il m’a pris sous les bras, m’a soulevé et reposé sur le
    trottoir, devant la foule amassée.
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    — Bonne journée, petit tsigane, a-t-il ajouté.
    Puis son sourire s’est effacé, il s’est redressé, les talons de
    ses bottes ont sèchement claqué l’un contre l’autre, il m’a salué
    et est reparti en cadence. La marche des Bottes Noires a duré,
    encore et encore. Youri a fini par me retrouver.
    — Regarde, lui ai-je dit, les Bottes Noires !
    Je pensais qu’il se réjouirait,

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