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Même pas juif

Même pas juif

Titel: Même pas juif
Autoren: Jerry Spinelli
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égaillant dehors comme des cafards, et je
    courais avec Youri, et les explosions sourdes étaient plus
    bruyantes, et les nuages dans le ciel étaient bruns et noirs.
    Nous avons détalé dans les rues et les sentes jusqu’à
    l’arrière d’un petit bâtiment de brique. Youri a ouvert à la volée
    une trappe en bois, et nous avons plongé dans une cave obscure
    et fraîche. Youri a rabattu le panneau, coupant aussitôt la
    lumière du jour, puis il a lestement appuyé sur un interrupteur,
    et une ampoule nue s’est allumée au milieu des toiles d’araignée
    du plafond.
    Youri a tendu le doigt en l’air.
    — Au-dessus, c’est la boutique d’un barbier. Le gars est
    parti. Il a tout abandonné. Je te montrerai, demain.
    La cave était une maison. Des tapis jonchaient le plancher.
    Il y avait un lit, une chaise, une radio et une commode. Et même
    une glacière.
    — Ce soir, tu dormiras par terre, m’a dit Youri. Demain, je te
    trouverai un lit.
    Les explosions se sont tues, ou alors c’est seulement que je
    ne les percevais plus. Nous avons mangé du pain, du jambon et
    des tranches de viande salée.
    — Qu’est-ce que je vais déguster ? ai-je demandé.
    Il ne m’a pas regardé.
    — T’as entendu. Du baba aux fraises. Mange.

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4

    Lorsque je me suis réveillé, le lendemain matin, Youri n’était
    pas là. Il est revenu avec un matelas. Petit, environ la moitié du
    sien, mais largement suffisant pour moi.
    Je me suis allongé dessus. Il m’a brusquement remis sur
    mes pieds en aboyant :
    — Pas maintenant !
    Il m’a tiré dehors.
    Nous avons gagné le quartier commerçant, où se trouvaient
    les grands magasins. Sauf que certains n’étaient plus aussi
    grands. Les obus les avaient réduits en tas de briques, il y avait
    des trous là où les boutiques auraient dû se dresser. Comme une
    rangée de dents brisées. Nous avons contourné les magasins et
    rejoint des ruelles pleines de camions, de poubelles et de chats
    scrutateurs.
    — Attends ici, m’a ordonné Youri.
    Il a disparu dans un réseau de conduits d’aération,
    d’escaliers de secours et de portes. Quand il est réapparu, il
    avait les bras chargés de vêtements.
    — Pour toi, a-t-il dit.
    J’ai tendu la main.
    — Pas touche ! Viens.
    Il m’a emmené jusqu’à un immeuble bombardé dont seul le
    mur arrière restait debout. Nous avons escaladé un méli-mélo
    de briques, d’éclats de bois et de tuyaux tordus.
    — Attention au verre, m’a-t-il mis en garde.
    Je n’arrêtais pas de trébucher sur des têtes et des bras de
    mannequins. Nous avons atteint un escalier en partie cassé.
    Youri l’a testé.
    — Ça ira.
    Nous nous sommes enfoncés dans les gravats. Chaque fois
    qu’il croisait un robinet sur une canalisation, Youri le tournait.
    Certains crachaient de la vapeur, d’autres rien. Lorsque l’un
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    d’eux a donné de l’eau, nous nous sommes arrêtés.
    — Enlève-moi ces guenilles, m’a lancé Youri.
    J’ai retiré mes vêtements. Il a posé les neufs et est parti
    fouiller les décombres. Il est revenu avec une jambe de
    mannequin et une brosse à récurer. Il a rempli son réservoir
    improvisé.
    — J’ai pas soif, lui ai-je signalé.
    Il a renversé l’eau sur moi. Il s’est mis à me frotter avec la
    brosse.
    D’abord, j’ai trouvé ça merveilleux. Ensuite, plus du tout.
    Jambe après jambe, il m’a aspergé d’eau. Après m’avoir brossé
    jusqu’à la plante des pieds, il a remis ça sur mon visage. Il
    grognait sous l’effort. Moi, je me tortillais. Je criais. Il
    m’arrachait la peau.
    Enfin, il s’est arrêté.
    — Bébé, va ! s’est-il moqué.
    Il m’a séché avec une chemise. J’ai piaillé parce qu’il me
    faisait mal. Il y est allé plus doucement.
    — T’as jamais pris de bain ? m’a-t-il demandé en me toisant.
    Je lui ai retourné son regard.
    — Je crois pas.
    Puis il m’a habillé d’une chemise propre et d’un pantalon
    trop grand. Quand nous avons émergé des ruines, les gens sur le
    trottoir nous ont dévisagés. Nous avions parcouru la moitié du
    chemin jusqu’à la maison que je me sentais déjà en grande
    forme. Neuf. L’air et le soleil caressaient ma peau. Youri a baissé
    son nez vers mon cou. A reniflé. A hoché la tête.
    De retour dans la cave, nous avons mangé des gâteaux au
    sucre et un bocal de prunes au sirop. Puis il m’a conduit au rez-
    de-chaussée, dans la boutique du barbier. C’était la première
    fois que

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