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Les foulards rouges

Les foulards rouges

Titel: Les foulards rouges
Autoren: Frédéric H. Fajardie
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1
    DÉCEMBRE 1648 …
    La nuit était
inquiétante.
    De lourds nuages masquaient la lune par
intermittence et le vent faisait craquer les branches des arbres de l’immense
forêt, ajoutant une note sinistre à la noirceur environnante.
    Un braconnier à l’oreille fine leva la tête, tous
les sens en alerte, comme un renard flairant la direction du vent.
    Un bruit lointain, singulier et inhabituel en
cette heure tardive, l’intrigua. À pas prudents, il s’approcha de la route
royale en prenant soin de se dissimuler derrière le tronc massif d’un vieux
chêne.
    À mesure qu’il devenait plus distinct, et cela
avec une étonnante rapidité, le fracas gagnait en étrangeté. Chocs sourds, rythmés,
presque métalliques. L’homme se rencogna davantage tandis que la peur le
gagnait tout à fait.
    Deux cavaliers d’apocalypse passèrent en
trombe, tenant serrées les brides écarlates de leurs montures et précédant un
carrosse massif tiré par six chevaux épuisés, l’encolure basse, les yeux fous
et les naseaux écumants. Le cocher, debout, fouettait les malheureuses bêtes
qui n’avaient que la ressource d’aller plus vite encore.
    Puis, avant même que ne retombe la poussière, le
singulier équipage disparut, ainsi qu’on l’imagine d’un convoi fantôme, mais le
bruit ne cessa point car, comme une escorte des plus discrètes, vingt
mousquetaires suivaient de loin, passant au grand galop.
    L’homme, incrédule, s’ébroua. Qu’avait-il vu ?
Sommé de répondre, il eût éprouvé quelque embarras à s’exécuter : d’intrépides
cavaliers, le carrosse d’un puissant seigneur, de magnifiques chevaux qu’on n’hésitait
pas à crever pour gagner quelques minutes, un fort parti de mousquetaires…
    L’homme réfléchit, certain qu’il oubliait
quelque chose d’à peine entr’aperçu.
    Il s’en irritait. Ses dangereuses activités
requéraient, en effet, une excellente mémoire doublée d’un sens aigu de l’observation
car, s’il venait à faillir, les soldats du roi auraient tôt fait de lui passer
autour du cou une rugueuse corde de chanvre. Combien en avait-il vu de ces
malheureux braconniers dont les corps pourrissaient, pour l’exemple ?
    Il ferma les yeux et s’efforça de revoir la
scène.
    Il se souvint brusquement : les armoiries !
On avait habilement couvert les armoiries des portes du carrosse d’une boue
sombre qui n’en laissait rien deviner, à peine le contour.
    Mais dans quelle intention ?
    Préoccupé, l’homme traversa avec prudence la
voie royale et décida de rentrer chez lui en coupant au plus court.
    Il n’empêche, rien n’y faisait, et la question
l’obsédait. Pourquoi un si grand seigneur, duc, maréchal, cardinal, prince du
sang peut-être, prenait-il la peine de faire dissimuler ses armoiries alors
même qu’il était en mesure de se sentir partout chez lui en le royaume de
France ?
    Les troubles à Paris ?… L’interminable et
menaçante guerre contre les Espagnols ?… Ou bien ces exécutions rituelles
dont on savait peu de chose, si ce n’est l’état terrifiant des cadavres ?
    L’homme se signa avec ferveur et s’enfonça
dans les profondeurs de la forêt.
    Arrivés à bride abattue, les deux cavaliers
qui ouvraient la marche sautèrent de cheval et, tandis que l’un d’eux tenait
fermement les rênes des chevaux, son compagnon, en toute hâte, frappait de son
poing ganté contre la porte de chêne d’une chaumière.
    Déjà, le carrosse arrivait, sans les
mousquetaires restés plusieurs centaines de mètres en arrière.
    La scène sembla quelques instants comme figée :
l’homme qui tenait les chevaux avec une raideur de statue ; l’autre, le
poing levé, prêt à frapper à nouveau ; le cocher qui avait bondi, debout
devant la porte du carrosse et attendant pour l’ouvrir un signal qui n’arrivait
pas.
    On entendit des voix venant de l’intérieur de
la chaumière, puis des bruits de pas. Enfin, la porte s’ouvrit sur une femme
sans âge, borgne, toute en cheveux et assez mal faite. Derrière elle, un homme
de haute taille aux mains de boucher et au visage mangé de vérole la suivait
comme son ombre.
    Le couple abject ignorait l’identité du
seigneur qui patientait en son carrosse. L’auraient-ils sue que, malgré un
passé de crimes et de violences, sans doute auraient-ils blêmi avant de s’enfuir
à toutes jambes à travers les sous-bois en abandonnant l’or qu’on leur donnait
à profusion pour la besogne

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