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Un garçon de France

Un garçon de France

Titel: Un garçon de France
Autoren: Pascal Sevran
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j’étais, ce que je faisais ? Se souvenait-elle au moins de la couleur de mes yeux ?
    Trop de points d’interrogation gâchaient mon bonheur par avance.
    Je me suis fait beau quand même pour souffler les bougies.
    — Laurent, tu peux descendre, une dame t’attend !
    La voix de Mado m’a arraché à la morosité qui m’envahissait. Qui avait-elle invité ? Nous n’avions pas d’amis communs et je ne lui connaissais pas de famille proche.
    J’hésitais entre deux chemises. J’ai choisi la couleur lilas avec un jabot de dentelle pareille à celles que portaient en ce temps-là les chanteurs de twist.
    C’était un de ces dimanches d’automne assez gris, menacé par l’orage qui oblige à allumer l’électricité en plein après-midi.
    Mado s’impatientait, nerveuse comme une maîtresse de maison qui craint de voir retomber son soufflé au Grand Marnier.
    — Enfin te voilà ! Bon anniversaire, garçon. Elle me tendit un paquet, joliment emballé de papier d’argent. Et avant que je puisse la remercier, me fit signe d’entrer dans le salon où m’attendait la mystérieuse dame.
    — Qui est-ce ?
    — Tu verras, me souffla-t-elle à l’oreille, c’est la journée des surprises.
    M me  Donadieu !
    Comment aurais-je pu deviner ?
    En me trouvant face à elle, j’eus des remords. Je ne l’avais pas appelée depuis si longtemps. Je balbutiais des excuses, elle me sermonna affectueusement et nous tombâmes dans les bras l’un de l’autre. Je n’ose pas dire comme une mère et son fils.
    — Je suis contente de vous revoir, mon petit Laurent, et puis cette Mado… quelle femme charmante !
    — Moi aussi, je suis content, c’est un peu grâce à vous tout ça…
    La table était mise avec soin, décorée de pose-couverts en cristal et de chandeliers en bronze. Sur mon assiette, un autre petit paquet-cadeau que M me  Donadieu me désigna.
    — J’ai pensé qu’un peu d’eau de lavande vous ferait plaisir.
    Deux femmes avaient pensé à moi tandis que j’en cherchais une troisième, et j’étais là, obligé de retenir mes larmes pour ne pas gâcher la fête.
    Une vie s’organisait autour de moi. Sans moi.
    J’étais ailleurs, toujours, et Mado, qui le savait bien, surveillait mes états d’âme.
    — Il faut passer à table, le repas sera prêt dans cinq minutes… .
    « Tu as juste le temps d’ouvrir ton cadeau, Laurent… On en aura besoin… »
    Comme un enfant le soir de Noël, sous les regards attendris des femmes de la maison, j’ai découvert un appareil photo, le dernier modèle de la célèbre marque Kodak.
    J’allais pouvoir immortaliser la journée de mes vingt et un ans.
    — Déjeunons, et au café tu liras le mode d’emploi ; je me suis fait expliquer par le marchand mais je n’ai rien compris.
    On a levé nos verres. Pepa s’est jointe à nous et j’ai pensé que décidément les femmes jouaient un rôle déterminant dans ma vie.
    M me  Donadieu a repris du porto, ce vin très foncé, cuit au soleil du Portugal, le pays de Pepa.
    — Mon père l’a choisi pour vous, monsieur Laurent.
    Qu’avais-je donné de moi pour mériter tant de gentillesse ? J’étais ému et gêné d’être aimé simplement.
    C’était la première fois.
    Nous avons parlé de choses et d’autres. Rien d’essentiel. Un repas de famille où la conversation tourne vite en rond quand il n’est pas question d’héritage.
    M me  Donadieu tenait à raconter à Mado « l’affaire Kibler ». La grande histoire de sa vie.
    Comme elle avait un peu bu, elle en rajouta mais je ne voulais pas gâcher son plaisir.
    — Pensez, ma petite Mado, que j’aurais pu l’épouser. Vous comprenez, dans mon métier on se lie avec certains clients et celui-là, je vous jure, faisait la meilleure impression.
    — Eh oui ! dis-je, il faut se méfier des gentils assassins.
    — Mais comment savoir, vous êtes drôle, Laurent, Robert Kibler aimait les oiseaux, le football, le travail… Il arrivait toujours à l’heure, ses patrons en ont témoigné ; il payait régulièrement son loyer… J’ai même remarqué qu’il changeait de cravate le dimanche…
    — C’est bien ce que je dis, madame Donadieu, il avait toutes les qualités requises pour finir en cour d’assises…
    — Ne plaisantez pas, Laurent, il aurait pu vous tuer !
    M me  Donadieu triturait nerveusement un mouchoir blanc brodé à ses initiales de jeune fille et Mado, qui s’amusait sans le laisser voir, me fit
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