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Théodoric le Grand

Théodoric le Grand

Titel: Théodoric le Grand
Autoren: Gary Jennings
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1
    Théodoric Triarius ou, comme l’appelaient docilement ses
sycophantes, Théodoric Strabo, cessa de rugir dès qu’il m’eut découvert, et
d’une voix aussi rugueuse que deux pierres tombales frottées l’une contre
l’autre, tonna :
    —  Ist jus Amalamena, niu ? [1]
    J’acquiesçai de la tête, troublé jusqu’à en perdre l’usage
de la parole, et me contentai d’élever devant lui la chaîne d’or, lui montrant
ainsi les ornements qui s’y trouvaient attachés. Il se pencha pour mieux les
voir dans la pénombre, d’abord d’un œil, puis de l’autre, et grogna avec
dédain :
    —  Ja, c’est bien ce que l’on m’a décrit. Une
imbécile de femelle, qui porte à la droite d’un symbole religieux le monogramme
de son demeuré de frère. Ja, c’est bien toi.
    Il pointa sa barbe épineuse en direction du corps de la
princesse empalé sur l’épée.
    — Et celle-ci, qui est-ce ?
    Affectant de parler avec une feinte difficulté, je
répondis :
    — C’est… c’était Swanilda. Ma cosmeta. Elle m’a
demandé de… d’agir ainsi. Elle ne supportait pas l’idée… d’être violée… voire
pire encore.
    Il émit un gros rire grossier.
    — Et toi, tu ne le crains pas, hein ?
    — Je suis bien protégé, répliquai-je, essayant d’en
avoir l’air persuadé, et montrant à nouveau les colifichets accrochés à la chaîne.
    — Protégée [2]  ? Et par qui, niu ? Le
dieu païen Thor ? Le Christ ? Ton nauthing de frère ?
    — Non, par cette troisième amulette.
    Et je la dégageai du marteau de Thor et du monogramme.
    — Ma fiole du lait de la Vierge.
    —  Akh, ton lait à toi, misérable jeune
fille ?
    Il s’esclaffa si fort que les rideaux du côté opposé en
tremblèrent.
    — Ma foi, sais-tu que la virginité est une qualité
encore plus excitante pour un ravisseur que ton inviolable qualité
royale ? Je vais me délecter de goûter le fruit de ton…
    — Le lait de la Vierge Marie, l’interrompis-je. Une
relique véritable.
    Je levai les yeux vers le ciel, affectant une expression un
peu forcée de sainte dévotion, et traçai de ma main libre un signe de croix sur
mon front.
    Il cessa immédiatement de rire et abandonna son rugueux
grincement pour un murmure quelque peu enroué :
    — Comment ça, une relique ?
    Il se pencha de nouveau en avant, approcha l’un de ses yeux
presque à en toucher la fiole, et se signa bientôt à son tour.
    — Bon, eh bien…, poursuivit-il du même ton étouffé, à
la fois déçu et légèrement apeuré. On ne va tout de même pas faire injure à la
Vierge Marie en déshonorant une jeune fille porteuse de sa sainte relique,
n’est-ce pas ?
    Je remerciai en silence non pas une quelconque vierge
sanctifiée ou ses seins dégorgeant un improbable lait, mais ma présence
d’esprit qui m’avait permis d’entrevoir chez Strabo un être superstitieux,
facilement manipulable. Il éleva alors une main énorme et attrapa mon poignet
sans faire montre d’un bien grand respect, faisant référence à mon titre d’un
ton plus rude encore :
    — Allez, viens ici, princesse, et suis-nous jusqu’aux
feux. Nous avons de nombreuses choses à discuter.
    Il me tira si sèchement hors de la carruca que je
serais tombé sur le sol face contre terre, si deux guerriers qui
l’accompagnaient ne m’avaient rattrapé au vol, remis debout et dans la foulée,
solidement lié les bras. Ils en profitèrent pour me caresser outrageusement
diverses parties du corps, tandis que Strabo se penchait à nouveau à
l’intérieur de la carriole, arrachant mon épée du corps d’Amalamena.
    — Jolie lame…, marmonna-t-il, essuyant le sang qui en
dégouttait pour en distinguer la trame et en éprouver le tranchant. Mais bien
trop petite pour n’importe lequel de mes guerriers. Tiens, Optio Ocer,
prends ça pour ton fils.
    Il lança l’épée à l’un des hommes qui m’entouraient.
    — Offre-lui de quoi entamer une saine carrière.
    Strabo ouvrit ensuite le chemin. Je le suivais, soutenu par ses
hommes, affectant de trottiner sur le sol rude d’un pas aussi féminin que menu,
et nous redescendîmes jusqu’à l’endroit où s’était tenu le campement. Les
hommes étaient en train d’en installer un nouveau, ranimant les braises,
redressant les bouilloires renversées et autres ustensiles, dévorant ce qui
restait dans les bols éparpillés et buvant au goulot le vin des outres éparses.
Au fil de notre marche, nous passâmes

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