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La pique du jour

La pique du jour

Titel: La pique du jour
Autoren: Robert Merle
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CHAPITRE PREMIER
    — Mon Pierre, me dit Miroul quand il me vint
désommeiller à l’aube du vendredi 25 mars, quérez-vous d’apprendre de moi
ce que je me suis apensé tout le jour de devant et le long de la nuit
passée ?
    — Monsieur l’Écuyer, dis-je avec un bâillement qui
finit en souris, est-il utile que je le quière, puisque de toute manière, vous
me l’allez apprendre.
    — Or sus, voici : Henri Quatrième a retrouvé le 22 e  jour
de mars sa capitale et son Louvre. Mais vous-même, Monsieur le Marquis, êtes
couillasse comme devant, votre logis s’encontrant ès mains ligueuses depuis les
barricades.
    — Mal heur des uns. Bon heur des autres. Je gage qu’un
petit Seize de merde y a fait, comme le coucou, son nid, et comme dit le
roi « je m’en va » le requérir par huissier à verge de se déloger de
mon bien.
    — Moussu, ce ne sera pas utile.
    — Tiens donc !
    — Avez-vous ouï dire que trois femmes ligueuses avaient
beaucoup pâti de l’ennui et fâcherie que leur donna la reddition de Paris à
Henri ?
    —  Diga me.
    —  La première, dame Lebrun, tenant boutique de
drap en la grand’rue Saint-Denis, de saisissement de voir le roi intra-muros,
incontinent décéda. La deuxième, chambrière de l’archiligueux Beri, se retrouva
sans voix. La troisième, qui était la femme de l’avocat Choppin, perdit
l’esprit. Sur quoi M. de L’Étoile, qui m’abreuva hier de ses
nouvelles, observa que celle-là, du moins, n’avait pas perdu grand-chose.
    — Bonne gausserie ! Poursuis. Je sens que nous
approchons à pas menus de mon logis…
    — Nous y sommes, Moussu. Ledit Choppin se trouve que
d’être l’oncle d’un nommé Bahuet, lequel traîtreusement et proditoirement
occupe ce jour votre maison par la grâce des Seize.
    —  Que petit est le monde !
    — Petitime ! Car savez-vous ce que c’est que ce
Bahuet ?
    — Je t’ois.
    — Le secrétaire du chevalier d’Aumale !
    — Cornedebœuf ! Il est heureux que le roi m’ait
contraint au silence quant à mon dépêchement du chevalier. Sans cela on
pourrait s’apenser que mon pistolet en a voulu tirer vengeance pour mon
particulier. Quant à ce Bahuet je cours le bouter hors de mon terrier.
    — Moussu, ce ne sera pas utile.
    — Miroul, tu répètes tes effets.
    — Que nenni ! Celui-là est le final et commande
tous les autres : J’ai ouï hier que ce Bahuet se trouve inscrit sur la
liste des 140 que le roi bannit de sa bonne ville pour avoir été des plus avant
dans la faction des Seize. L’Édit est exécutoire ce jour 25 mars à
midi.
    — Il n’est donc pas nécessaire d’y courre si tôt.
    — Moussu, bien le rebours. La ville abonde en officiers
royaux qui depuis avant-hier se cherchent un toit, et d’aucuns, voyant cette
maison vide, pourraient bien s’y escargoter.
    — Monsieur l’Écuyer, c’est bien pensé.
    — Monsieur le Marquis, peux-je vous ramentevoir que
nous sommes convenus dans le particulier à ne pas tant y aller à la cérémonie.
Pour moi, je veux être pour vous « Miroul » comme devant, et non
M. de La Surie, ou M. l’Écuyer.
    — Et moi, pour toi « mon Pierre » et non
« Moussu », lequel Moussu sent par trop encore son valet périgordin.
Et je ne veux point être voussoyé non plus : Usted esta
d’accuerdo ?
    — Si, señor. Quiero decir : si,
Pedro.
    — Esta bien [1] .
    — Mon Pierre, reprit Miroul pour demeurer dans
l’espagnol, qu’allez-vous faire de Doña Clara ?
    — J’y ai rêvé. S’il lui plaît, elle demeurera céans,
rue des Filles-Dieu. Je ne veux point la mettre au hasard d’encontrer mon
Angelina, s’il prend fantaisie à mon épouse de quitter ma seigneurie du Chêne
Rogneux pour venir demeurer en ma maison de ville.
    — Et Héloïse ?
    — Ha ! Miroul ! Fripon que tu es ! Elle
restera au service de Doña Clara. Et Lisette aussi.
    — Pour Lisette, mon Pierre, ce n’est pas moi que tu
accommodes. C’est M. de L’Étoile. Et tout cela, Dieu bon ! à vos
dépens et débours, vu que vous continuerez à payer loyer pour un logis où vous
n’habiterez pas.
    — À quoi sert un ami sinon à le servir ?
    — Mon Pierre, cela est profond. Je l’inscrirai sur mes
tablettes.
    — De qui tiens-tu que ce Bahuet est banni ?
    — Du maître-menuisier Tronson à qui il doit pécunes.
Raison pour quoi, appétant à se les faire repayer avant que le Bahuet ne saille
de nos murs, il requiert de

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