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Abdallah le cruel

Abdallah le cruel

Titel: Abdallah le cruel
Autoren: Patrick Girard
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Chapitre premier
    La fièvre maligne dont était atteint
Abd al-Rahman II relança les spéculations sur la succession du souverain.
Celui-ci avait eu le grand tort de ne jamais désigner celui de ses fils qui
serait appelé à monter sur le trône et chacun d’entre eux pouvait donc
s’estimer en droit de prétendre à la couronne. Les plus audacieux y étaient
incités par leurs proches. Ce fut le cas du prince Abdallah. Sa mère, Tarub,
vivait recluse dans ses appartements depuis la tentative d’empoisonnement
qu’elle avait ourdie contre l’émir avec la complicité du grand eunuque, le fata al-kabir [1] al-Nasr. Elle vit là une occasion de se venger des épreuves qu’elle avait
subies. Elle était décidée à tout faire pour que son fils soit le nouveau
maître d’al-Andalous. Elle n’ignorait cependant pas que son demi-frère, le
pieux et paisible Mohammad, avait les faveurs des Cordouans. Soucieuse de
mettre toutes les chances de son côté, l’intrigante convoqua donc les eunuques
et leur ordonna de la prévenir dès le décès du souverain. Pour être certaine
d’être obéie, Tarub leur rappela les bienfaits dont elle les avait comblés
depuis des années. Elle, dont la sordide avarice était bien connue des
fournisseurs de la cour, savait en effet se montrer généreuse envers ceux
disposés à la seconder dans ses manigances.
    Ses obligés se le tinrent pour dit,
craignant de subir sa vengeance si elle parvenait à ses fins. Ils firent donc
preuve, à la fois par reconnaissance et par calcul, d’un grand zèle,
interdisant à quiconque de pénétrer dans les appartements du mourant. Chaque
soir, ils faisaient fermer les portes de l’Alcazar et ne laissaient entrer que
les serviteurs ou les officiers en qui ils avaient une entière confiance. Privé
de toute visite et gisant, inconscient, sur son lit, Abd al-Rahman II
rendit finalement l’âme le 3 rabi 1 er 288 [2] en fin d’après-midi.
La nouvelle fut tenue secrète afin que les fonctionnaires, qui quittaient le
palais à l’issue de leur journée de travail, ne puissent l’ébruiter en ville.
Contrairement à la promesse qui lui avait été faite, Tarub elle-même fut tenue
dans l’ignorance du décès.
    À la nuit tombée, les eunuques se
réunirent dans le vaste salon du Kamil [3] .
Là, Sado’un, le successeur d’al-Nasr, leur annonça d’une voix d’où ne perçait
aucune émotion :
    — Compagnons ! Il est
arrivé un événement devant lequel nous sommes tous égaux, grands et petits.
Allah a rappelé à Lui Son serviteur, notre maître bien-aimé. Que Dieu vous
accorde la plus grande chance sous l’autorité de notre nouveau seigneur !
    Certains éclatèrent en sanglots, ce
qui leur valut une sérieuse admonestation de la part de leur chef :
    — Laissez vos pleurs de
côté ; le temps des lamentations n’est pas encore venu. Pensons d’abord à
ce que nous devons faire pour nous-mêmes et pour les Musulmans. Quand nous
aurons pris notre décision, alors nous pleurerons ! Pour l’heure, nous
devons choisir qui succédera au défunt. Le premier prince prévenu par nos soins
montera sur le trône. J’ai mon idée et mon candidat mais je veux entendre votre
avis.
    Des cris parcoururent la
foule :
    — Que ce soit Abdallah, le fils
de notre maîtresse qui nous a comblés de tant de bienfaits !
    — Quelqu’un est-il contre cette
désignation ? s’enquit Sado’un, comme s’il cherchait un allié pour
s’opposer à ce choix.
    L’un des eunuques du plus haut grade
s’avança. Abou L-Moufridj était unanimement respecté par ses collègues. D’une
grande piété, il s’était rendu à La Mecque et son titre de hadj [4] rehaussait son autorité. Tarub le consultait souvent car il avait l’art
d’aplanir les difficultés et de ménager les susceptibilités des concubines.
D’une voix douce et persuasive, il fit part de ses réserves :
    — Je ne dois pas vous cacher
qu’au fond de mon cœur, je suis particulièrement reconnaissant à notre
princesse des faveurs qu’elle m’a personnellement octroyées. Cependant, je dois
vous mettre en garde dans votre propre intérêt. Nous connaissons tous Abdallah
et les courtisans qui l’entourent. Ce sont des débauchés et des impies
notoires. Ils profanent chaque jour les lois du saint Coran et le peuple de
Kurtuba [5] les
méprise. Dois-je vous rappeler les fêtes scandaleuses que ce prince donne au
palais, y compris lors du mois de ramadan, et l’état

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