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Les chevaliers du royaume

Les chevaliers du royaume

Titel: Les chevaliers du royaume
Autoren: David Camus
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pareille à celle que le Sarrasin venait de recevoir en pleine poitrine, et fit trotter sa monture vers Morgennes en disant aux cavaliers, d’un ton ferme :
    — Cet homme est à moi, puisque vous n’en voulez pas. Saladin (qu’Allah l’ait en Sa sainte garde) a demandé qu’on arrête le massacre et qu’on fasse des prisonniers. Si Saladin, Honneur de l’Empire, Ornement de l’Islam, le demande, ce n’est pas à moi, son neveu, son humble serviteur, d’en décider autrement. Et vous devez m’obéir, tout comme j’obéis à Saladin, qui obéit lui-même à Allah, dont nous sommes tous les esclaves !
    Les cavaliers baissèrent la tête sans broncher. Morgennes se demandait ce que cet homme allait faire de lui. Il ne se sentait plus la force de combattre, et attendait que lui vienne une idée, ou que la grâce le touche.
    Ce fut le neveu de Saladin qui, se penchant du haut de son cheval, lui mit la main sur l’épaule, et lui dit – avec une grande douceur :
    — Tu peux te rendre maintenant, inutile de continuer.
    — Impossible, répondit Morgennes. Je suis un Hospitalier.
    — Mais ton roi s’est rendu !
    — Je n’obéis qu’à mon ordre.
    — Tous ceux de ton ordre ont déjà capitulé. Tu es le dernier à te battre. Même ton maître a déposé les armes.
    — Je n’ai d’autre maître que Dieu, dit Morgennes. Et Dieu ne se rend jamais.
    Alors, comprenant la détresse qui habitait son prisonnier, Taqi ad-Din – le plus noble des neveux de Saladin – étendit la main en direction du champ de bataille.
    Ce fut en cet instant comme si la nature lui obéissait, car le vent se leva et chassa toute la brume, le brouillard, la poussière et la fumée qui enveloppaient les plaines et la colline de Hattin, rougies par le sang. Ce qui frappa d’abord Morgennes, ce fut la lune, ronde et pâle. Ses formes lépreuses se découpaient si nettement au-dessus de l’horizon qu’on en apercevait la moindre tavelure, le plus petit cratère. Jamais Morgennes ne l’avait vue ainsi, surtout en fin de matinée.
    Ensuite, ce furent les dizaines, les centaines, les milliers de soldats, tous chrétiens, que les Mahométans avaient fait prisonniers. Morgennes reconnut également les étendards du roi de Jérusalem, ceux de nombreuses maisons nobles, ainsi que les bannières du Temple et de l’Hôpital.
    Au-dessous, des hommes assis en rang, lances et épées inutiles à côté d’eux, étaient enchaînés par les soldats de Saladin.
    Enfin, ce fut la Vraie Croix. Un infidèle la promenait à l’envers sur le champ de bataille en criant :
    — Allah est grand ! Allah est unique ! Il est le seul Dieu !
    Alors, seulement, Morgennes rendit les armes.

2.
    « Saladin, le Roi des rois, le Vainqueur des vainqueurs, est comme les autres hommes, l’Esclave de la mort. »
    (Inscription sur un étendard au sommet
    de la tente de Saladin.)
    Le lendemain de la défaite de Hattin, Saladin se trouvait en compagnie de son état-major et des plus nobles des prisonniers francs, quand on vint le trouver. Trois émirs s’avancèrent sous l’immense chapiteau de sa tente pour lui annoncer la bonne nouvelle : Nazareth demandait à se rendre et Tibériade était tombée. Comprenant que l’ost de Jérusalem ne viendrait jamais la secourir, la comtesse Échive de Tripoli avait capitulé après cinq jours de résistance. Elle avait quitté l’abri précaire de son château avec sa maisonnée – une petite cinquantaine de personnes, dont une douzaine de combattants. Sous les regards admiratifs et compatissants des infidèles, elle avait pris la route de Tyr, espérant y retrouver son mari, Raymond de Tripoli, dont on était toujours sans nouvelles.
    — Traître ! cracha Guy de Lusignan en entendant ce nom.
    Saladin se tourna vers le roi de Jérusalem, frotta sa barbe, courte et régulière, prit un air inspiré, et demanda :
    — Pourquoi ce courroux ?
    — Parce que c’est votre ami. La charge qu’il a menée n’avait d’autre but que de lui permettre de s’échapper. Jamais il n’a cherché à vous causer du tort.
    Puis il ajouta, un ton plus bas, et presque accusateur :
    — Vous avez passé un accord avec Raymond de Tripoli…
    — Je ne dis pas que je l’ai fait, répondit Saladin, énigmatique. Mais je ne dis pas non plus que je ne l’ai pas fait.
    Il regarda Lusignan, et un petit sourire éclaira un instant son beau visage, habituellement grave et mélancolique. Le roi Guy crut y lire de
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