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Spartacus

Spartacus

Titel: Spartacus
Autoren: Max Gallo
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1
    À l’extrémité de l’Italie, sur cette pointe de terre qu’un bras de mer sépare de la Sicile, une nuit d’hiver est tombée.
    Il pleut. Il neige.
    Ici et là brûlent de grands feux dont le vent couche les flammes bleutées.
    Des hommes passent, armés. D’autres sont accroupis épaule contre épaule, tendant leurs mains au-dessus des braises.
    Parfois on entend des coups sourds, des éclats de voix, le son aigre des trompettes.
    Sur un étroit plateau que domine et protège une falaise, deux troncs d’arbres posés l’un sur l’autre se consument.
    Près de ce foyer, un homme, debout, bras croisés, dit :
    — Moi, Spartacus, prince des esclaves, je vais livrer bataille aux dix légions romaines du proconsul Licinius Crassus !
    Il porte une cape de couleur pourpre accrochée à son cou par une chaîne d’or. Elle couvre en partie ses épaules et le torse serré dans un gilet de cuir. Elle tombe jusqu’aux mollets, entourés de lanières croisées liées au-dessus des genoux et retenant les sandales à larges semelles. Les jambes sont nues, épaisses, pareilles à de grosses branches noueuses. À sa ceinture cloutée pend un glaive court.
    Il fait un pas, se rapprochant ainsi du feu.
    — Écoute-moi, Posidionos, et toi aussi, Jaïr…, commence-t-il.
    Il s’est penché vers les deux hommes, assis devant les flammes, la tête levée, ne quittant pas des yeux la silhouette de Spartacus.
    Elle apparaît immense : un bloc que rien ne semble pouvoir renverser.
     
    — Tu vas vaincre encore, Spartacus ! murmure une voix surgie d’une anfractuosité de la falaise.
    Une femme à demi cachée dans une peau de mouton, ses longs cheveux blonds tombant sur ses épaules, s’approche du foyer, se redresse tout à coup, levant les bras au-dessus de sa tête, rejetant sa fourrure, laissant voir son corps svelte sous une tunique de lin.
    — J’ai interrogé Dionysos. Il te protège. Il m’écoute. J’ai dansé pour lui. Il est le fils de Zeus, ne l’oublie pas.
    Elle bondit, s’agenouille, enserre les cuisses de Spartacus.
    Il pose sa main sur la tête de la jeune femme, caresse ses cheveux.
    — Apollonia, dit-il, Dionysos ne parle plus par ta bouche, comme autrefois. Les mots que tu prononces viennent seulement de ta gorge et de ton ventre.
    Il se tourne vers la nuit que secoue le vent.
    — Vous entendez comme moi… ? murmure-t-il.
    Du lointain des terres de cette presqu’île qu’on appelle le Bruttium roulent un martèlement sourd, des éclats de trompette, des grincements, des voix.
    — Licinius Crassus est là avec ses légions, reprend Spartacus. Il fait dresser une palissade, creuser un fossé. Il nous enferme. Il nous accule. C’est ainsi qu’on chasse les fauves et qu’on prend les grands thons au piège. Puis on les massacre et la terre ou la mer deviennent rouges. Voilà ce que prépare Licinius Crassus. La gloire de nous vaincre est son seul désir. Il possède déjà toutes les richesses. Il détient la plus grosse fortune de Rome, et le Sénat lui a remis tous les pouvoirs. Mais il lui manque d’avoir conduit les légions à la victoire. Nous sommes sa proie. Avec notre sang il teindra son manteau et, ainsi vêtu de la pourpre, il triomphera à Rome.
    Il regarde Posidionos puis Jaïr, et ajoute d’une voix sourde :
    — Vous le savez, les Romains agissent ainsi.
    Aucun peuple, ni le Numide, ni le Grec, ni le Juif, ni le Thrace ne doivent rester libres. Nous sommes des esclaves. Nous avons défié Rome. Elle ne peut nous laisser en vie. Que réponds-tu à cela, Apollonia ?
     
    Elle écarte les bras, reste à genoux devant Spartacus.
    — Souviens-toi, Apollonia, continue-t-il. C’était non loin du marché aux esclaves de Rome, dans cette salle sombre du quartier de Vélabre où nous étions parqués, entravés. Nous devions rejoindre le lendemain Capoue, le ludus des gladiateurs. Nous étions une vingtaine d’hommes à nous observer, voués à combattre dans la même arène, les uns contre les autres, ou livrés à des bêtes fauves. Nul ne pouvait connaître son destin. Chacun craignait le sort qu’il imaginait pour l’autre. Était-ce ce Gaulois qui m’égorgerait ? Tuerais-je ce Numide, ou bien le maître du ludus, le laniste, lâcherait-il contre moi ses tigres, ses ours, ses lions, ou plusieurs gladiateurs, ce Germain et ce Dace ? Cette nuit-là, j’ai fait un songe. J’ai vu un serpent enroulé autour de mon visage, sa bouche contre la

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