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Napoléon

Napoléon

Titel: Napoléon
Autoren: André Castelot
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    I
 
LA COURONNE DE FER
    Un gouvernement nouveau-né doit éblouir.
    N APOLÉON .
    N APOLÉON est empereur.
    À Notre-Dame, debout, revêtu de son éblouissant costume du Sacre, tournant le dos au pape et à l’autel, face à l’assistance, il sourit, attendri etglorieux. L’ancien arrière-cadet Buonaparte qui faisait « toujours manquer l’exercice » vient de se couronner lui-même. Il regarde Joséphine qui, émue,s’avance vers lui, la traîne de son somptueux manteaud’hermine soutenue par sa fille et ses deux belles-soeurs. Les larmes de l’Impératrice roulent sur sesmains jointes « qu’elle élevait bien plus vers son marique vers Dieu », ainsi que l’a dit Laure d’Abrantès.
    L’Empereur accomplit maintenant son premiergeste de souverain. Il prend avec « une lenteur gracieuse » la couronne de sa femme, la place un instantsur sa tête, comme s’il voulait en quelque sorte L’impérialiser, puis la dispose « avec coquetterie » sur lefront de sa chère créole.
    Joséphine s’est relevée et tous deux, suivis par le Pape, se dirigent vers leurs trônes, curieusement perchés en haut d’un édifice élevé pour la circonstance au milieu de la nef. Le Vivat éclate. Le regard de Napoléon croise celui de Laure. Se souvient-il en cet instant du fou rire de la petite Mademoiselle Loulou, le matin du 28 octobre 1785, lorsqu’elle l’avait vu, tout jeune officier, planté dans ses hautes bottes ? Le « chat botté », comme elle l’avait surnommé alors en riant – et ce rire lui avait fait mal –, le « chat botté » devenait, ce 2 décembre 1804, l’Empereur des Français !
    Laure se rappelait aussi cette voiture dans, laquelle Napoléon disait, lorsque Mme Permon l’avait ramené de Saint-Cyr :
    — Oh ! si j’étais le maître !...
    « Ma figure seule rappelait le passé, racontera Laure, et cela sans parole, sans intention, comme un parfum, comme une harmonie nous rappellent des jours écoulés. »
    Voici l’Empereur et l’Impératrice arrivés à leurs trônes, tout en haut de la disgracieuse estrade. Le pape les bénit en prononçant ces mots :
    — Sur ce trône de l’Empire que vous affermisse et que, dans son royaume éternel, vous fasse régner avec lui, Jésus-Christ, Roi des Rois, Seigneur des Seigneurs, qui vit et règne avec Dieu le Père et le Saint-Esprit dans les siècles des siècles.
    Puis le Saint-Père donne l’accolade au nouvel empereur et crie :
    — Vivat Imperator in aeternum !
    — Vive l’Empereur !Vive l’Impératrice ! répond l’assistance en une longue clameur qui résonne sous les voûtes.
    L’interminable messe achevée, le Pape se rend vers la sacristie. Il préfère ne pas entendre le serment civil que Napoléon, d’une voix forte, va prononcer la main sur l’Évangile – serment qu’il ne pourra d’ailleurs pas tenir :
    — Je jure de maintenir l’intégrité du territoire de la République, de respecter et de faire respecter les lois du Concordat et la liberté des cultes ; de respecteret de faire respecter l’égalité des droits, la liberté politique et civile, l’irrévocabilité des ventes des biens nationaux, de ne lever aucun impôt, de n’établir aucune taxe qu’en vertu de la loi, de maintenir l’institution de la Légion d’honneur ; de gouverner dans la seule vue de l’intérêt, du bonheur et de la gloire du peuple français.
    Puis le héraut d’armes proclame majestueusement :
    — Le très glorieux et très auguste Napoléon, empereur des Français, est sacré et intronisé !
    La veille, rappelons-le, le président de Neufchâteau avait félicité le nouvel empereur d’avoir « fait entrer au port le vaisseau de la République ». Napoléon l’a fait entrer pour le mettre en cale sèche. On ne parlera plus de république. Le mot subsistera encore trois années sur les monnaies, mais disparaîtra après Tilsit. En ce jour du couronnement la nation est redevenue « le peuple » – : mon peuple, dira l’Empereur – et les citoyens de « fidèles sujets ». On retrouve le vieil ordre. Au moins, c’est plus franc : le Sacre marque bien la fin d’une hypocrisie...
    Tandis qu’à l’archevêché, Sa Sainteté « admet que le Clergé de Paris vienne lui baiser les pieds », Napoléon sort de Notre-Dame. Une salve de cent un coups de canon commence... Mais Napoléon fronce les sourcils en entendant une musique militaire, placée sur le parvis, interpréter un air

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