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Le prix du secret

Le prix du secret

Titel: Le prix du secret
Autoren: Fiona Buckley
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CHAPITRE PREMIER

Des souvenirs précieux
     
    Sir Robin Dudley, Maître des écuries de la reine, avait les épaules larges et le teint basané, un goût audacieux en matière de pourpoints et un charme infini. La jeune femme de vingt-sept ans que j’étais aurait dû le trouver séduisant.
    Au lieu de quoi je le détestais.
    D’une part, il n’était pas bon, or j’appréciais cette qualité. Elle manquait par trop à l’oncle et à la tante qui avaient pourvu à mon éducation.
    D’autre part, Dudley venait d’une famille à l’ambition si acharnée que son père et l’un de ses frères avaient été décapités pour félonie. Lui-même avait été tout près de comploter contre sa souveraine.
    La reine Élisabeth le savait fort bien, mais, en dépit de sa personnalité hors du commun, à cet égard elle se montrait conventionnelle. La beauté virile de Dudley l’enchantait et, à vingt-huit ans, elle n’était pas assez endurcie pour ordonner que la hache du bourreau sépare cette belle tête de ces épaules carrées. Robin n’était pas son amant, néanmoins il demeurait son favori.
    Certains considéraient cette attirance d’un œil tendre, tel Sir Henry Sidney, qui avait épousé la sœur de Dudley. De la bonté, Sidney en avait à revendre, et chez lui cette vertu allait parfois un peu trop loin. Comme Sir William Cecil, le secrétaire d’État, me l’avait fait remarquer dans un accès d’exaspération, de temps en temps l’intelligence de Sidney se noyait dans cette douceur telle une abeille dans du sirop.
    — Et lorsqu’il s’agit de la reine et de Dudley, avait conclu Cecil avec fureur, sa bonté confine à la sottise.
    Dans l’ensemble, les membres du Conseil n’étaient point sots et s’inquiétaient. Mon indifférence au charme de Robin les servait. Car bien que je fusse en apparence une simple dame d’honneur, j’étais payée par Cecil pour (entre autres choses) surveiller Sir Robin et lire sa correspondance à la moindre occasion. Ce moyen de subsistance heurtait quelquefois ma délicatesse, néanmoins il fallait que quelqu’un s’en charge, dans l’intérêt d’ÉIisabeth.
    Cependant, je me dois d’être honnête. Je conserve une dette de gratitude envers Dudley. En 1560, dix-huit mois après l’avènement d’ÉIisabeth, j’étais arrivée à la cour, veuve et presque sans le sou. Mon époux avait succombé à la vérole et j’avais une fillette à élever. J’étais entrée dans le monde périlleux mais rémunérateur de l’intrigue par le biais d’un travail dont Dudley m’avait chargée 1 et, grâce à cela, je fus ensuite à même d’offrir à ma petite Meg les vêtements et l’éducation qui lui donneraient une chance dans le monde. Puis, en 1562, par un pur hasard et à son insu, Dudley sauva une vie qui m’était chère. Sans ses manœuvres ambitieuses, jamais n’aurait eu lieu, au mois de mars, l’inspection royale du Trésor, et certains événements eussent alors connu une issue tragique.
     
    Élisabeth n’était pas dupe. Elle avait pardonné à Dudley, néanmoins elle demeurait profondément troublée. Il était allé dire à l’ambassadeur d’Espagne qu’il désirait épouser la reine, mais craignait que ce geste impopulaire ne provoquât un soulèvement. Dans ce cas, Philippe d’Espagne fournirait-il une armée aux tourtereaux, si, en retour, ils promettaient de ramener l’Angleterre au catholicisme ?
    Nous apprîmes plus tard que le bon Sir Henry, soucieux du bonheur de sa reine, avait encouragé Dudley dans cette folie. L’ambassadeur espagnol, l’évêque de Quadra, avait refusé de prendre la proposition au sérieux. L’idée n’avait pas abouti. Mais elle n’était pas oubliée pour autant.
    Quelquefois, Élisabeth se montrait plus franche avec ses suivantes qu’envers ses conseillers, peut-être parce qu’elles étaient entre femmes. En cet après-midi de la fin février, alors que nous nous promenions dans le jardin de Greenwich avec Lady Katherine Knollys, elle aborda soudain le sujet :
    — Mon père aurait exigé sa tête, soupira-t-elle, se passant la main sur le front. Mais je répugnais trop à perdre mon doux Robin.
    Elle était sujette à de violentes migraines et s’était réveillée souffrante, ce matin-là. La crise venait à peine de passer. Je compatissais, car j’étais parfois victime du même mal.
    Je ne lui avais jamais exprimé mon opinion sur son « doux Robin », mais elle la connaissait. Ses

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