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Le prix de l'hérésie

Le prix de l'hérésie

Titel: Le prix de l'hérésie
Autoren: S.J. Parris
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    La porte s’ouvrit avec fracas et le bruit se répercuta dans
la vaste pièce tandis que le plancher tremblait sous les pas décidés de
plusieurs hommes. À l’intérieur du réduit exigu, juché sur le rebord du banc en
bois, je prenais soin de ne pas trop m’approcher du trou au-dessus de la fosse.
Le courant d’air provoqué par leur arrivée fit vaciller la petite flamme de ma
bougie, qui projeta des ombres mouvantes sur les murs de pierre. Allora ,
me dis-je en levant la tête. Ils ont fini par venir me chercher.
    Les bruits de pas s’arrêtèrent devant le réduit, un poing
tambourina contre la porte et la voix épaisse de l’abbé retentit, haut perchée,
loin de son habituel ton de diplomate.
    « Fra Giordano ! Je vous ordonne de sortir
sur-le-champ sans chercher à cacher ce que vous tenez entre les
mains ! »
    J’entendis le ricanement de l’un des moines qui
l’accompagnaient, promptement suivi d’une sévère remontrance de l’abbé, fra
Domenico Vita. En dépit de la situation, je ne pus m’empêcher de sourire. Dans
le cours ordinaire des jours, fra Vita donnait l’impression que toutes les
fonctions corporelles l’offensaient prodigieusement. Appréhender l’un de ses
moines dans un endroit aussi ignominieux devait le plonger dans une détresse
sans précédent.
    « Un moment, padre, si vous
permettez ! » criai-je en réponse.
    Je dénouai mon habit à la hâte pour donner l’impression que
j’avais utilisé les latrines et je regardai le livre que je tenais à la main.
Je jouai un moment avec l’idée de le dissimuler quelque part sous mon habit,
mais c’eût été vain : on allait me fouiller sans délai.
    « Pas une seconde de plus, frère, gronda fra Vita. Vous
avez passé plus de deux heures ici, je pense que c’est amplement suffisant.
    — Quelque chose que j’ai mangé, padre  »,
répondis-je.
    Avec un profond regret, je jetai le livre dans le trou en
toussant bruyamment pour couvrir le bruit d’éclaboussure de sa chute dans le
cloaque. C’était une si belle édition…
    Tournant le loquet, j’ouvris la porte devant laquelle se
tenait mon abbé. Son visage lourd vibrait d’une rage contenue, accentuée par la
lumière vive des torches brandies par les quatre moines qui se trouvaient
derrière lui et me dévisageaient, à la fois atterrés et fascinés.
    « Plus un geste, fra Giordano, commanda Vita en
pointant un index vengeur sur moi. Il est trop tard pour vous cacher. »
    Il pénétra dans la cabine, l’odeur le fit grimacer et il
tendit sa lanterne pour vérifier chaque coin. Ne trouvant rien, il se tourna
vers les hommes derrière lui.
    « Fouillez-le ! » vociféra-t-il.
    Mes frères échangèrent des regards consternés, puis ce
finaud de fra Agostino da Montalcino, un Toscan, avança vers moi, un sourire
mauvais peint sur le visage. Il ne m’avait jamais aimé, mais son aversion
s’était muée en une franche animosité après que j’eus publiquement triomphé de
lui quelques mois auparavant dans une querelle à propos de l’hérésie arienne.
Depuis lors, il racontait partout que je niais la divinité du Christ. Sans
l’ombre d’un doute, c’était lui qui avait mis fra Vita en travers de mon
chemin.
    « Pardon, fra Giordano, me dit-il avec mépris en
m’inspectant de la tête aux pieds, ses mains faisant le tour de mes hanches
avant de descendre le long de mes cuisses.
    — Essayez de ne pas y prendre trop de plaisir,
marmonnai-je.
    — Je ne fais qu’obéir à mon supérieur. »
    Quand il eut fini de me palper, il se releva pour faire face
à fra Vita, visiblement déçu.
    « Il ne dissimule rien sous son habit, père. »
    Fra Vita s’approcha et me fixa un long moment sans rien dire.
Son visage était si près du mien que je pouvais compter les poils sur son nez
et sentir son haleine empestant l’oignon.
    « Le péché de notre premier père était de désirer la
connaissance interdite. » Il détachait soigneusement chaque syllabe et
s’humecta les lèvres de sa grosse langue avant de poursuivre. « Il pensait
pouvoir devenir l’égal de Dieu. Et tel est aussi votre péché, fra Giordano.
Vous êtes l’un des jeunes hommes les plus doués que j’aie connus à San Domenico
Maggiore depuis tant d’années, mais votre curiosité et l’orgueil que vous tirez
de votre intelligence vous empêchent d’utiliser ces dons pour la gloire de
l’Église. Il est grand temps que le Père Inquisiteur se

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