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Le Bal Des Maudits - T 2

Le Bal Des Maudits - T 2

Titel: Le Bal Des Maudits - T 2
Autoren: Irwin Shaw
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travail une dose réelle de vitalité. Mais après un jour ou deux de classement et de doléances soumises au colonel Bruce, il retombait, graduellement, dans la routine facile de tous les jours.
    « Je me suis interrogé, lut le capitaine Lewis dans la section du bac réservée aux officiers, sur les raisons qui m’ont poussé à agir comme je l’ai fait, et je crois pouvoir les exposer d’une manière franche et compréhensible. La cause profonde de mon acte provient, en premier lieu, du fait que je suis Juif. Les hommes de ma compagnie étaient presque tous originaires du Sud, et assez peu instruits pour la plupart. Leur attitude d’hostilité passive, qui, je le crois, avait fini par presque complètement disparaître, a été soudain réveillée par l’arrivée d’un nouveau sergent affecté à mon peloton. Et pourtant je crois que j’aurais agi comme je l’ai fait, même si je n’avais pas été Juif, bien que ce soit ce qui a provoqué le choc final et m’a empêché de pouvoir continuer à vivre parmi les autres. »
    Le capitaine Lewis soupira, leva les yeux. Le ferry glissait lentement sur l’eau calme, vers le point le plus bas de Manhattan. La cité paraissait à son ordinaire propre et en tout point civilisée, et il était difficile d’imaginer ce garçon errant dans les rues, seul, charriant ses problèmes et ses détresses, et se préparant, dans la salle de lecture d’une Bibliothèque publique, à en faire le récit sur une feuille de papier, à l’intention du Provost Marshal. Dieu seul savait ce que les M. P. avaient dû comprendre, lorsqu’ils avaient lu ce document.
    « Je crois, continuait la lettre, que je dois combattre pour mon pays. Je ne le croyais pas lorsque j’ai quitté le camp, mais je comprends maintenant que j’avais tort, que je n’y voyais pas clairement, en raison de mes propres préoccupations et d’une certaine amertume envers les hommes qui m’entouraient, amertume qu’un dernier incident devait rendre insupportable, la veille de mon départ du camp. L’hostilité de la compagnie s’était cristallisée en une série de combats à poings nus avec moi. On m’avait mis au défi de rencontrer les dix hommes les plus forts et les plus lourds de la compagnie, et j’avais senti que je devais relever ce défi.
    »  J’en avais déjà rencontré neuf. Je m’étais battu honorablement, dans la mesure de mes possibilités, et sans jamais demander grâce. Lors du dernier combat, je suis parvenu à battre l’homme qui me faisait face. Il m’a envoyé à terre plusieurs fois, mais, en fin de compte, c’est moi qui l’ai éliminé. La compagnie, qui avait assisté à tous les combats, était repartie, chaque fois, en félicitant le vainqueur avec enthousiasme. J’espérais, bêtement, peut-être, un témoignage d’admiration, un compliment, même dit à contrecœur ; mais, lorsque je me suis retourné vers eux, tous ont regardé ailleurs et se sont éloignés lentement, comme un seul homme. Il m’a semblé, alors, que je ne pourrais jamais supporter le fait que tout ce que j’avais fait, tout ce que j’avais subi pour regagner ma place dans la compagnie puisse avoir été vain.
    »  C’est à ce moment précis, en regardant les dos de ces hommes aux côtés desquels je serais appelé à combattre et peut-être à mourir que j’ai décidé de déserter.
    »  Je comprends à présent que j’avais tort. Je comprends à présent que je crois en mon pays et en cette guerre, et que des actes individuels de cette nature ne doivent pas se produire dans son armée. Je dois combattre. Mais je pense avoir le droit de demander mon transfert dans une autre division, parmi des hommes qui soient plus désireux de tuer l’ennemi que de me tuer moi-même.
    « Respectueusement votre,   Noah Ackerman , simple soldat. »
    Le ferry accosta et le capitaine Lewis se leva lentement. Pensif, il replia la lettre et la mit dans sa poche, tout en franchissant la passerelle et sautant sur le quai, « Pauvre garçon », pensa-t-il. Il eut une impulsion soudaine de décommander son déjeuner, et de retourner immédiatement dans l’île et d’aller rendre visite à Noah. « Bah, songea-t-il, maintenant que j’y suis autant déjeuner. Je le verrai un peu plus tard. Je vais me dépêcher simplement et rentrerai en vitesse… »
    Mais la jeune femme avec laquelle il déjeunait disposait de son après-midi ; il but trois Martinis en attendant qu’une table soit libre,

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