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La Trahison Des Ombres

La Trahison Des Ombres

Titel: La Trahison Des Ombres
Autoren: Paul C. Doherty
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CHAPITRE PREMIER
    Le père John Grimstone monta avec lenteur les
marches qui conduisaient à sa chaire et, d’un œil chassieux, examina l’église
paroissiale St Edmund. La lumière grise de l’aube filtrait à travers les vitres
épaisses ; la brume matinale se glissait en volutes sous la porte et
remontait vers le chœur comme un nuage d’encens refroidi. Bourgeois, villageois
et paysans de la cité royale de Melford, dans le Suffolk, se pressaient dans la
nef, comme d’habitude à l’office du dimanche matin. Les riches avaient pris
place dans leurs bancs personnels, sculptés, à leurs extrémités, de décorations
et de motifs individuels. Les moins aisés, paysans et vilains, étaient assis
derrière eux et les miséreux étaient regroupés derrière, autour des fonts
baptismaux. D’autres se terraient à l’ombre des transepts, accroupis dos au
mur, jambes chaussées de bottes crottées étendues devant eux.
    Le père John prit une profonde inspiration et
tenta d’ignorer les pesantes fumées du vin de la veille. Aujourd’hui, à
quelques dimanches seulement du début de l’Avent, il parlerait de la mort, de
cet imprévisible messager silencieux qui rôdait toujours, surtout à Melford
dont l’histoire était tissée de meurtres sanglants suivis de procès publics et
d’exécutions. Le père John tira un morceau de parchemin de sa chasuble et le
posa sur le petit lutrin, sur le dos de l’aigle sculpté qui prenait son envol,
devant la chaire. Il avait froid, l’église était lugubre et ses cauchemars le
hantaient : les défunts gisant sous les dalles grises pourraient les
soulever pour l’attirer parmi eux de leurs mains squelettiques et griffues...
Ce n’était que chimère, mais elle le harcelait depuis son enfance. Sa mère lui
avait narré que les morts dormaient sous l’église en attendant que sonne la
trompette de l’ange Gabriel.
    Le prêtre s’éclaircit la gorge. Il fallait qu’il
dissipe ce malaise. Le père Grimstone, petit homme râblé aux joues rubicondes
de buveur sous une tignasse de neige, s’estimait bon pasteur. Il regarda ses
ouailles rassemblées à ses pieds. Il avait baptisé leurs enfants, avait été
témoin de leurs serments de mariage et, du moins il y a bien des années, était
allé, à toute heure du jour ou de la nuit, bénir leurs malades et donner l’extrême-onction
à leurs mourants.
    Ses paroissiens lui rendirent un regard plein d’espoir.
C’était l’un des grands moments de la semaine. Le père Grimstone, quand il n’avait
pas bu, s’avérait fort adroit prédicateur. Il émouvait toujours leur cœur et
faisait bon usage des peintures sur les murs ou même des quelques vitraux que
possédait St Edmund. On était à présent en automne, quand tout se mourait :
leur prêtre s’en souviendrait peut-être. Il pourrait évoquer les atrocités de l’enfer,
les périls du purgatoire ou, moins palpitante, la béatitude du paradis.
    Le père John jeta un coup d’œil à son vicaire.
Robert Bellen, jeune jouvenceau au visage émacié, à la peau laiteuse sous une
masse de cheveux noirs, à la bouche molle et au regard plutôt vide, était un
aide efficace et laborieux. Grimstone se demandait pourtant s’il possédait bien
toute sa tête. C’était un homme que le péché de chair révulsait. Cela
expliquait peut-être pourquoi il ne pouvait jamais piper mot quand il se
trouvait devant une femme. Bellen, mains dans son giron, contemplait une des
gargouilles, un démon à la figure hideuse, qui surmontait l’un des massifs
piliers ronds disposés de chaque côté de la nef. Il s’intéressait tellement aux
diables et à l’enfer ! L’ami intime du père Grimstone, un ancien soldat
nommé Adam Burghesh, sur son siège particulier, trônait à gauche de la chaire.
Il avait fait remarquer à voix basse que le jeune homme avait sans doute visité
l’abîme pour en connaître si bien les horreurs !
    Burghesh s’agita. Son long visage à la barbe
grise trahissait son étonnement à voir que le prêtre de la paroisse tardait à
entamer son sermon. Grimstone lui adressa un sourire et tenta de cacher sa
propre inquiétude. Lui et Burghesh avaient grandi à Melford. Demi-frères et
grands amis, ils avaient chacun suivi leur voie. Burghesh, en tout cas, après
avoir fait fortune dans les guerres du roi, était revenu à Melford. Il avait
acheté la demeure du vieux verdier [1] derrière l’église. John Grimstone avait pris l’habitude de se

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