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La règle de quatre

La règle de quatre

Titel: La règle de quatre
Autoren: Ian Caldwell
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Prologue
    Pendant la majeure partie de son existence, mon père tenta de percer une énigme vieille de cinq cents ans.
    Un soir de novembre 1497, deux messagers avaient quitté les ombres du Vatican pour chevaucher en direction de l’église Saint-Laurent, au-delà de la muraille d’enceinte de Rome. Les événements qui s’ensuivirent allaient leur coûter la vie et, cinq siècles plus tard, bouleverser celle de mon père.
    Chaque enfant est une promesse que le temps accorde à l’homme. Mais c’est aussi l’assurance de voir un beau jour ses certitudes s’effondrer et un mur d’incompréhension s’ériger entre soi et l’être qu’on aime le plus au monde. Pourtant, mon père, spécialiste de la Renaissance, s’entêta à vouloir me transmettre sa passion et il me raconta si souvent l’histoire des messagers que, malgré tous mes efforts, je ne réussis jamais à l’oublier. Sentait-il qu’il y avait là une leçon, une vérité qui finirait par nous unir ? Aujourd’hui, je le crois volontiers.
    Les deux cavaliers devaient livrer à Saint-Laurent une lettre écrite par un gentilhomme qui leur avait défendu de la décacheter, sous peine de mort. Quatre fois scellé à la cire noire, ce pli était censé receler le secret que mon père s’évertua à découvrir.
    En ce temps-là, Rome était plongée dans les ténèbres et sa splendeur n’était qu’un souvenir. Le plafond de la chapelle Sixtine arborait encore un ciel étoilé, des pluies apocalyptiques venaient d’inonder les rives du Tibre, d’où avait surgi, racontaient les matrones, un monstre au corps de femme et à tête d’ânesse. Rompant leur engagement, les deux messagers firent fondre la cire à la flamme d’une bougie et prirent connaissance de la teneur de la lettre. Ensuite, ils imitèrent les sceaux avec tant d’adresse que nul n’aurait deviné leur trahison si leur maître n’avait été ingénieux.
    Car Rodrigo et Donato ne furent pas confondus par le sceau, mais par l’épaisse cire noire dans laquelle on l’avait coulé : cette cire contenait en effet un extrait de belladone, herbacée vénéneuse qui dilate les pupilles et entre dans la composition de nombreux médicaments. À l’époque, on considérait les pupilles dilatées comme un atout de séduction, aussi les Italiennes faisaient-elles de cette plante un usage immodéré. D’où son nom : bella donna. En faisant fondre la cire, Rodrigo et Donato en avaient libéré le poison.
    Dès leur arrivée à l’église, un maçon les accueillit et les conduisit vers un candélabre, près de l’autel. Voyant que les pupilles des deux hommes ne se contractaient pas, il comprit aussitôt ce qui s’était passé et obéit aux ordres qu’on lui avait donnés : il prit son épée et leur trancha la tête. Une mission de confiance, avait stipulé le maître ; or les messagers avaient échoué.
    Quelque temps avant sa mort, mon père découvrit un document qui l’éclaira sur le triste sort réservé à Rodrigo et Donato. Le maçon avait recouvert les cadavres, avant de les traîner hors de l’église et d’éponger le sang au moyen de chiffons. Il avait placé les têtes dans les sacoches attachées aux flancs de son cheval, puis hissé les corps sur les montures des deux hommes. Il brûla ensuite la lettre retrouvée dans la poche de Donato. C’était un faux, bien sûr, que n’attendait aucun destinataire.
    Au moment de se mettre en route, horrifié par le péché qu’il venait de commettre pour servir son maître, le maçon alla se prosterner devant l’église. Les six piliers de Saint-Laurent se dressaient devant lui telles les dents noires du Malin. Le maçon en trembla de tous ses membres. Il se souvint des récits de son enfance : l’enfer décrit par Dante et le châtiment réservé aux grands pécheurs qu’on disait broyés pour l’éternité entre les mâchoires de lo imperador del doloroso regrio.
    Peut-être saint Laurent, du fond de sa tombe, a-t-il pardonné au maçon. Ou peut-être ce péché était-il trop grave pour mériter sa clémence. Plus tard dans la nuit, conformément aux instructions de son maître, le maçon remit les cadavres à un boucher. Mieux vaut se désintéresser de ce qu’il advint des carcasses. Jetés à la rue, les viscères finirent dans les tombereaux à ordures, je l’espère, ou alors dévorés par les chiens.
    Sans doute inspiré par le démon, un boulanger racheta les têtes au boucher, dans l’espoir de

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