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La passagère du France

La passagère du France

Titel: La passagère du France
Autoren: Bernadette Pecassou-Camebrac
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le navire, mais horizontalement. Ce qui changeait tout. La première classe n’avait plus le monopole des meilleurs emplacements, on avait une vision panoramique de l’océan sur tous les ponts supérieurs.
    Fini de caser le dortoir des pauvres sous les salons des riches ! Tout le monde a le droit d’avoir de l’espace dans sa cabine, de la lumière, et de profiter de la vue de l’océan. Sur le France, il y a du luxe pour tous !
    Les journalistes avaient bien relayé cette information donnée lors de la conférence et Sophie avait noté cet aspect social, dans l’air du temps. Aussi, indifférente aux jérémiades de Béatrice, elle s’efforçait de marcher avec le plus de grâce possible le long de la coursive claire où les précédaient les deux jeunes grooms chargés de leurs bagages. Ils s’arrêtèrent enfin. L’un ouvrit la porte d’une cabine, l’autre entra pour déposer les bagages puis ressortit immédiatement.
    — Voilà, mesdemoiselles, firent-ils d’une même voix en tendant chacun une clef. Vous êtes chez vous.
    — Comment ça, chez nous ! s’exclama Béatrice. Je ne vois qu’une cabine ! On n’a pas de cabines particulières ?
    — Euh... non, dit un groom.
    — Vous êtes sûr ?
    — Oui. À moins qu’il n’y ait une erreur. Attendez, je regarde. (Il consulta la fiche qu’il tenait glissée dans la pochette intérieure de son spencer rouge et il lut) Mlles Maucor et Fréau, c’est bien ça ?
    — Mais, insista Béatrice, stupéfaite, on a pu se tromper dans les listes d’attribution.
    — Entrez donc, dit alors le groom gentiment. Vous verrez, les cabines sont magnifiques et très confortables, vous allez être surprises.
    — Écoutez, je veux une cabine particulière et ma consoeur aussi. Partager la même n’est pas très professionnel. Nous avons besoin de repos le soir pour rassembler nos notes. Nous devons être au calme. C’est le minimum.
    Gênés, les jeunes grooms s’empressèrent d’expliquer que le France était complet, mais qu’ils feraient part de cette demande au commissaire.
    — Non. Je le ferai moi-même, trancha Béatrice. Prise à partie sans avoir rien demandé, Sophie se retint d’intervenir. Mais une fois les grooms disparus, elle explosa :
    — Écoute, Béatrice, la prochaine fois que tu fais un scandale de cette sorte, tu le fais toute seule et tu ne m’y mêles pas. Choisis la couchette que tu veux et installe-toi. Je vais faire un tour et je reviendrai quand tu auras fini.
    Et, sans même jeter un coup d’oeil à l’intérieur de la cabine, elle laissa Béatrice en plan et sortit prendre l’air.

 
    5
    Elle circula sur le bateau en toute liberté. Tout était si clair sur ce navire, si pur ! La luminosité, particulièrement, la frappa. Ce blanc immaculé dans les coursives et sur les ponts, ces longs transats au beau rouge vif qui claquait au soleil. L’effervescence était telle que personne ne lui demanda quoi que ce soit. Elle eut toute latitude pour se promener à sa guise. Elle croisa nombre de grooms souriants et de passagers aux visages émerveillés. Elle monta des escaliers, ouvrit des portes qui donnaient sur de longues coursives, descendit et remonta sur des ponts. Elle se sentait libre, heureuse et légère, loin des récriminations de Béatrice, loin du charabia de l’Académicien. C’est à ce moment-là qu’elle sentit le navire bouger et que la sirène grave du bateau retentit.
    — Toooooohhhhh
    — Larguez les amaaarres !
    Le France quittait le port du Havre. Sophie s’agrippa à la balustrade et regarda la foule bruyante massée en contrebas. Tous les passagers étaient sur les ponts, agglutinés comme elle contre le bastingage. Le navire commença la manoeuvre et la foule qui avait tant attendu se tut. Il y eut un silence absolu. On entendait siffler le vent léger mêlé au bruit confus des hélices et des mouvements de l’eau contre le bateau. Ce fut comme un instant sacré au coeur de tous, une communion exceptionnelle. Ce fut comme un immense vide, une apesanteur. Dans cette atmosphère surréaliste d’une foule bruyante devenue soudain muette d’admiration, le France « épousa » la mer. Bouche bée, tous le regardaient et avec lui ils se sentaient partir. La longue silhouette du plus beau navire du monde s’éloigna doucement des quais. Les cheminées rouges coiffées d’un étrange chapeau reconnaissable entre mille lâchèrent une blanche fumée, et bientôt le France vogua

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