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La parade des ombres

La parade des ombres

Titel: La parade des ombres
Autoren: Mireille Calmel
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1
     
     
    L a charrette s’ébranla dans un grincement de roues, étouffant les reniflements de Niklaus Olgersen Junior. Sa petite main serrée dans celle de sa mère, il fixa ces deux cercueils posés sur le plateau de bois, qui se mirent à cahoter malgré le pas lent du cheval. Il songea à Milia et à son père. Il songea à leurs rires et à ces farces qu’il aimait tant inventer pour les fâcher. Avec Ann Mary, sa sœur.
    Il serra plus fort cette main qui broyait déjà la sienne.
    Il n’en sentait pas la douleur. Elle n’était qu’une infime partie de celle qui lui tordait le cœur, le ventre, l’esprit et les os.
    Il tourna la tête, la levant vers sa mère, droite et digne dans sa robe noire de veuve, qui marchait à ses côtés, laissant derrière eux l’auberge des Trois Fers à cheval pour accompagner leur passé à ses funérailles. Mary Read Olgersen avait la mâchoire crispée, mais les yeux secs.
    Junior refoula ses larmes du haut de ses quatre ans.
    Il savait ce que l’attitude de sa mère signifiait. Lui aussi, malgré son petit âge, l’avait sentie vibrer en lui depuis qu’ils avaient détaché son père du pilier où Emma de Mortefontaine l’avait contraint puis assassiné, depuis qu’il avait lu la terreur inscrite sur le visage tuméfié de sa gouvernante, depuis surtout qu’il imaginait sa sœur prisonnière de cette femme cruelle et sanguinaire.
    Il passa un revers de manche sous son nez en s’engageant sur la route qui ramenait le cortège vers la petite église de Breda.
    Sa mère n’avait pas eu le courage d’avertir son parrain, Hans Vanderluck, ni leurs anciens compagnons d’armes. Elle ne voulait ni de leur réconfort ni de leur aide.
    Elle le lui avait expliqué. Elle avait tout expliqué, cette mère si différente, jugeant qu’il pouvait désormais tout entendre et surtout qu’il devait grandir. Vite. Par la force des événements. Comme elle, autrefois. Quand elle n’était qu’une petite fille entre les mains de la misère.
    Junior écouta avec indifférence l’orage crever au-dessus de leur tête. Sa mère n’en sembla pas davantage ressentir la morsure. Leurs malles étaient prêtes. Le notaire avait ordre de conclure la vente de l’auberge avec l’acquéreur qu’ils avaient trouvé la veille du crime. Sitôt que la terre noire de Breda aurait recouvert les sépultures, ils partiraient. Avec au cœur la même détermination.
    Elle avait un nom : la vengeance.
     
    Mary n’emportait rien. Rien qui ne lui fût essentiel. De sorte qu’à leur départ, ce 16 septembre 1700, ses bagages et ceux de son fils tenaient en deux sacoches de cuir accrochées de part et d’autre des flancs de son cheval. Elle avait choisi le meilleur, celui que Niklaus préférait, un alezan. Habillée en gentilhomme pour pouvoir porter épée et pistolet sans être inquiétée, elle acheva de le seller, puis héla Junior qui s’attardait auprès de son chiot Toby.
    — Il faut partir, Junior.
    — Sois sage ! recommanda une nouvelle fois l’enfant à l’animal, attaché au pied de son arbre préféré, un noyer qui tant de fois leur avait prêté, avec Ann, le refuge de ses branches.
    — Ne t’inquiète pas, mon garçon, lui assura le notaire, venu récupérer les clés de la bâtisse aux volets fermés déjà, je m’en occuperai bien.
    Junior hocha la tête, s’attarda à une dernière caresse, puis se pencha à l’oreille de l’animal qui geignait.
    — T’en fais pas, Toby. On va ramener Ann, tu verras !
    Puis, refusant d’entendre ses aboiements désespérés et de voir à quel point l’animal se tordait, se tendait pour se détacher, il détala en courant pour rattraper sa mère.
    Mary voulait profiter du beau temps qui s’annonçait. Il était tôt encore et une bonne journée de cheval les attendait jusqu’à leur première étape. Mary jucha Junior en selle, devant elle.
    — Tenez, madame Olgersen, lui dit le notaire, qui venait de les rejoindre.
    — Merci, maître, répondit-elle en récupérant la bourse rebondie qu’il lui tendait. Je vous écrirai pour vous dire où vous devrez m’envoyer le solde de la vente.
    — Si vous étiez restée quelques jours de plus, insista-t-il, tout aurait été réglé.
    — Je sais, mais je ne peux pas. J’ai déjà trop tardé.
    — Je comprends, affirma-t-il en s’écartant du cheval qui piaffait de la même impatience qu’elle. Bonne chance, madame Olgersen. Prends soin d’elle ! cria-t-il encore

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