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Frontenac_T1

Frontenac_T1

Titel: Frontenac_T1
Autoren: Micheline Bail
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Saint-Louis ».
    Voyant que son auditoire en redemandait, Louis se lança dans une vibrante tirade sur l’avenir de ce pays de cocagne qu’il voyait se profiler à l’horizon.
    â€” Songez donc que ce Nouveau Monde, d’une dimension hors de proportion avec les empires européens, à part celui des tsars auquel il pourrait se comparer, est d’une richesse inouïe, d’une diversité extraordinaire, d’une importance stratégique et militaire sans précédent. Si notre grand roi y consent, je planterai son étendard et porterai ses armoiries sur toute l’étendue de ce continent, j’étendrai son influence au-delà des Grands Lacs et jusqu’à la mer des Espagnols, par le fabuleux Mississippi et jusqu’aux confins mêmes du pays, vers ces mythiques contrées de l’Ouest menant à la mer Vermeille * . Nous rallierons et convertirons toutes les peuplades vivant sur ces terres, nous maîtriserons les grandes voies d’accès et, ce faisant, nous freinerons la progression des colonies anglaises * du littoral atlantique. Et cela, par une ambitieuse politique de découvertes et d’expansion territoriale. Cette colonie deviendra un gigantesque empire tout entier dédié à la gloire et à la puissance de notre roi et de notre pays. Voilà le destin que je pressens pour elle, et je puis vous assurer que les douze nations anglaises qui bordent la mer trembleront dans leur fondation quand elles sauront ce que nous leur réservons!
    On écoutait toujours, de plus en plus charmé par la verve du vieux courtisan.
    â€” Alors, ne croyez-vous pas, madame, reprit Louis de Buade d’un ton plus étale en s’adressant à la jolie femme qui l’avait interpellé plus tôt, qu’avec un pareil dessein je sois moins à risque de m’ennuyer que de manquer de temps?
    â€” Ces projets que vous prévoyez pour les colonies anglaises, monsieur de Frontenac, lui rétorqua aussitôt Bellefonds, piqué par la curiosité, est-il indiscret de vous demander en quoi ils consistent?
    Louis eut un mouvement de repli et se tassa sur sa chaise. Il s’était laissé griser malgré lui par le vin rouge, les regards admiratifs des femmes et l’attention inconditionnelle dont il faisait tout à coup l’objet. Il craignit de s’être ridiculisé par la passion et l’emportement qu’il avait mis dans son propos, et surtout, d’avoir trop parlé. Car il était périlleux, dans ce climat particulier de jalousie et de farouche compétition qui régnait à Versailles, d’ouvrir trop ostensiblement son jeu ou de révéler ses rêves, de peur que quelque ennemi s’acharne à vous en priver.
    â€” Malheureusement oui, monseigneur, secret militaire, se borna-t-il à répondre. Mais... je puis vous assurer que vous serez le premier à en entendre parler, si la chance se met de la partie.
    Louis était le débiteur de son hôte. Bellefonds l’avait aidé de bien des façons par le passé et avait usé de son influence auprès du roi pour le convaincre de geler ses dettes et de lui verser une pension annuelle de trois mille livres.
    On leva le verre au succès de ces « mythiques régions lointaines aussi furieusement tentatrices que le chant des sirènes appelant Ulysse », selon l’expression employée par une des convives, et la conversation vira au badinage, plaisir suprême de la communication mondaine.
    Quand, au petit matin, Louis regagna la chambrette qu’il partageait avec deux gentilshommes, il dut déployer des prodiges d’habileté pour atteindre son lit. Il avait bu plus que de coutume et pouvait à peine tenir debout. Il s’y laissa choir lourdement, non sans bousculer au passage son voisin de gauche qui se retourna contre le mur en maugréant.
    Le sommeil fut long à venir. Les événements de la journée se bousculaient en désordre dans sa tête. Il suivait du regard le mince filet de lumière dispensé par l’unique fenêtre mettant crûment en évidence la tapisserie déchirée, piquée de moisissures. Ce logis rudimentaire était tout ce que ses moyens lui permettaient. On y gelait à longueur d’année et une forte odeur d’humidité montait de ses cloisons. Mais il ne s’en était jamais formalisé. À

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