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Francesca, Empoisonneuse à la cour des Borgia

Francesca, Empoisonneuse à la cour des Borgia

Titel: Francesca, Empoisonneuse à la cour des Borgia
Autoren: Sara Poole
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Rome,
ÉTÉ 1483

    Le taureau blanc chargea dans le passage et ne s’arrêta qu’une fois sur la piazza. Instantanément, les gradins en bois érigés en arc de cercle se mirent à trembler sous les assauts de la foule tonitruante. Assise au milieu, la petite fille qui se cramponnait à son père sentit une profonde vibration monter en lui quand il se mit à crier de concert avec les autres :
    — Borgia ! Borgia ! Hourrah !
    Sous un ciel sans nuage et une lumière si éclatante qu’elle en faisait mal aux yeux, le prince de notre Mère la sainte Église, vêtu de rouge, se tenait sur une estrade ornée des soieries rouge et or de la maison des Borgia. Il ouvrit grand les bras comme pour embrasser la foule, la piazza, le palazzo en marbre travertin qui flamboyait dans le soleil doré et, au-delà, les lointains confins de l’ancienne cité qui se prenait à rêver d’une gloire nouvelle.
    — Mes frères, mes sœurs, s’exclama Rodrigo Borgia d’une voix résonnant tel un coup de tonnerre dans le calme soudain. Je vous rends grâce d’être venus ici aujourd’hui. Je vous rends grâce de votre amitié et de votre soutien. Et je vous donne dès à présent...
    Il marqua un temps d’arrêt et la fillette sentit la foule tout entière retenir son souffle, suspendue comme elle l’était à la volonté de cet homme qui, disait-on, aspirait à régner sur toute la chrétienté alors qu’il aurait mérité de gouverner en Enfer.
    — Je vous donne, tout droit venu des plaines de mon pays, la belle province de Valence, le plus puissant de tous les taureaux jamais vus dans notre bien-aimée Rome ! Je vous donne sa force, son courage, sa gloire ! Je vous donne son sang ! Qu’il nourrisse notre magnifique cité ! Roma Eterna !
    — Roma ! Roma ! Roma !
    Le taureau, dont les immenses yeux noirs saisissaient parfaitement la frénésie de la scène, se mit à piétiner dans la poussière estivale et à souffler bruyamment, rejetant en arrière sa tête formidable. Un abîme de silence s’ouvrit alors, si profond que la petite fille entendit le cuir craquer sur les harnais des chevaux approchant de tous côtés, contraints d’avancer, malgré leur peur, par la pression des éperons des hommes à la tête des compagnies de l’armée privée d’Il Cardinale.
    Des trompettes retentirent au-dessus d’eux, sur toute la longueur des murs du palazzo. Une bande de campinos en costumes bariolés et perruques d’un rouge criard arrivèrent en courant sur la piazza, agitant leurs capes à franges et faisant des cabrioles aussi près du taureau qu’ils l’osaient.
    — Andiamo, toro ! Andiamo !
    Ainsi attirée jusque devant eux, la bête se tourna vers la rangée d’hommes à cheval. L’un d’eux, à qui l’on avait accordé cet honneur, se hissa bien haut sur sa selle pour saluer Borgia. Quand il s’élança, la pointe mortelle de sa lance rejón brilla au soleil.
    La foule hurla de joie. Sentant le danger, le taureau baissa la tête et chargea le cavalier et sa monture. Au dernier moment, le rejonear tira sur les rennes pour se décaler de côté et, prenant de nouveau appui sur les étriers, abattit brusquement sa lance.
    La bête mugit, et le sang jaillit d’entre ses épaules qui se soulevaient déjà avec effort pour se répandre sur son pelage blanc et éclabousser la poussière. Elle s’emballa et se mit à courir autour de la piazza, cherchant certainement une issue, songeait la petite fille, mais ne trouvant à la place que les hommes en habits bariolés qui foncèrent vers elle, poings sur les hanches.
    — Andiamo, toro ! Andiamo !
    De nouveau, ils attirèrent le taureau vers le rejonear qui, d’un geste mesuré, fit jaillir davantage de sang pour la plus grande joie de la foule. Encore et encore et encore, jusqu’à ce que l’animal chancelle et tombe d’abord sur un genou, puis sur l’autre. Enfin, son colossal arrière-train se déroba sous lui et s’effondra dans la poussière transformée en boue par son sang.
    La petite fille resta figée sur place, glacée d’effroi dans la chaleur estivale, incapable de détourner le regard. Elle regarda tour à tour l’animal blanc taché de rouge, l’homme en rouge sur l’estrade dont le mugissement de triomphe lui rappelait le taureau et, tournoyant tout autour d’elle dans la lumière crue, les visages tordus de la foule abasourdie par sa propre soif de sang.
    Le rejonear leva sa lance vers le soleil, avant de la pointer vers le bas

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