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Druides et Chamanes

Druides et Chamanes

Titel: Druides et Chamanes
Autoren: Jean Markale
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tragédies, mais en dehors de quelques fragments cités çà et là par des auteurs et des anthologistes grecs et romains de basse époque, il ne nous reste les pièces que de trois auteurs, des Athéniens du V e  siècle avant J. -C. Mais ce n’est pas tout. Eschyle a écrit quatre-vingt-deux pièces, nous n’en avons que sept complètes ; Sophocle en aurait écrit cent vingt-trois, dont il ne reste que sept ; et nous pouvons lire dix-neuf des quatre-vingt-deux œuvres d’Euripide. Ce que nous lisons, en outre, si nous lisons le texte grec original, est une version laborieusement corrigée à partir des manuscrits médiévaux, généralement du XII e au XV e  siècle de notre ère, le résultat final d’un nombre inconnu d’opérations de copie, toujours susceptibles de transcriptions erronées {9} . » Et comme la civilisation grecque, de toute évidence, repose sur l’écrit, qu’en est-il des civilisations qui n’ont pas connu – ou qui ont refusé – l’écriture, et que l’on ne connaît guère que par les témoignages de leurs contemporains ? Le problème posé débouche sur d’insondables abîmes.
    Car quel crédit peut-on accorder à ceux qui ont prétendu transmettre des informations essentielles sur une « culture », sur une « religion », sur une « tradition » ? La Bible hébraïque, rédigée peu avant l’ère chrétienne, n’est qu’une réécriture de données traditionnelles plus anciennes remises au goût du jour. Les Évangiles, canoniques ou non, ont été rédigés (en langue grecque) une centaine d’années après la mort du Christ d’après diverses sources (en latin, cela se dit secundum , « selon… »). Et quand on sait que ces récits évangéliques ont été écrits pour servir d’illustrations aux Épîtres de saint Paul (l’authentique fondateur du christianisme), on peut se poser d’innombrables questions qui ont toutes les chances de demeurer sans réponse. Ce flou artistique peut conduire à n’importe quelle interprétation abusive ou tendancieuse. Ce que l’on sait des Celtes, et donc de leurs druides, se trouve seulement dans les textes irlandais du Moyen Âge, rédigés par des moines qui étaient certes des Celtes, mais complètement christianisés, et par les historiographes grecs et latins, les contemporains incontestables des druides.
    C’est dire la méfiance dont il convient de s’entourer à ce propos. Car, « les passages des auteurs grecs ou latins relatifs aux religions barbares méritent en général peu de créance ; même quand ce ne sont pas des documents de seconde main et qu’ils émanent de contemporains, il faut se rappeler qu’ils nous transmettent presque toujours non pas des faits scientifiquement observables, mais plutôt l’impression produite par des cérémonies de sauvages sur des gens qui se considéraient à un titre comme très civilisés. […] On sait aussi que les Romains avaient la manie d’assimiler à leurs propres dieux ceux des autres peuples : or l’application de cette méthode, parfois féconde en résultats heureux, les induisait souvent en de lourdes erreurs pareilles à celles que commettaient les hommes du XV e ou du XVII e  siècle, lorsqu’ils voyaient dans toutes les religions sauvages des déformations de la révélation primitive et des caricatures du Catholicisme. […] De plus, les anciens étaient fort mal renseignés sur les religions des peuples étrangers, même des peuples conquis. Car il n’est rien qu’un homme dissimule avec plus de soin que ses croyances et ses rites à un homme d’une autre race {10}  ». On pourrait en dire autant des missionnaires et autres ethnologues des XIX e et XX e  siècles qui ont exploré, sans mettre en doute leur bonne volonté, les coutumes et les croyances des « sauvages » qu’ils visitaient et qu’ils auraient voulu convertir, sinon à la « vraie religion », du moins au rationalisme ambiant.
    Dans ces conditions, ne faudrait-il pas abandonner toute prétention à connaître ce qu’était réellement le druidisme de l’Âge du Fer (de - 500 à + 300) et quelles étaient les différentes étapes de ce qu’on appelle le chamanisme, ces deux traditions étant purement orales et n’étant répertoriées que par des enquêtes ou des observations extérieures ? Certainement pas. Au cours du XX e  siècle, les sciences auxiliaires de l’Histoire ont fait des progrès considérables qui aident à comprendre les récits,

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